« La danse, c’est ma vie, ma passion »

Révélée au public français en 1972, dans la cour d’honneur du Palais des Papes, la danseuse et chorégraphe franco-américaine Carolyn Carlson, revient au Festival, dans le Off, avec sa pièce Islands, au théâtre du Chêne noir (voir notre compte rendu).
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-C’est un grand retour à Avignon pour le Festival.
-Oui. À l’été 1972, j’ai dansé dans la Cour d’honneur du Palais des papes en première partie de Béjart. Rituel pour un rêve mort, inspiré de mes lectures avec John Davis de Friedrich Nietzsche, pour la compagnie d’Anne Béranger, a permis au public français de me découvrir. J’y suis ensuite revenue une bonne dizaine de fois dans les années 1970, 1980 et 1990. Trente ans plus tard, je suis ravie d’être au théâtre du Chêne noir, grâce à Quartier libre qui nous produit.
-Quel regard portez-vous sur le Off ?
-Ce Festival est formidable car il permet aux artistes de se faire connaître du public. Même s’il y a énormément de spectacles… La ville est très spéciale aussi. On peut sentir l’histoire ici. Quand j’ai dansé dans la Cour d’honneur en 1972, ce fut un choc pour moi. J’avais le sentiment d’être déjà venue ici au XIe siècle. Même l’odeur des pierres m’était familière.
-Parlez-nous d’Islands, compilation de solos et de duos créées entre 2010 et 2025…
-J’écris des histoires courtes, intitulées Islands depuis plus de vingt ans. J’adore créer des solos, car on se focalise sur une ou deux personnes. C’est très intime. Avant, on applaudissait après chaque solo. Je trouve que c’est plus intéressant de les enchaîner. Chaque solo est basé sur des thèmes poétiques : Céline Maufroid (Wind woman) est le vent. Sara Orselli (Mandala) incarne nos rapports avec l’Univers, comme Yutaka Nakata (A deal with instinct), notre « escaladeur ». En tant que poétesse (j’ai publié sept recueils de poésie), j’aime commencer par de la poésie. Ici, j’ai choisi le poème Grace de Kae Tempest. Après l’avoir dansé les 4 et 5 juillet, je passe le relais à Chinatsu Kosakatani (In the night), car je dois partir. J’ai beaucoup de travail.
-Chaque solo est particulier…
-Je travaille spécifiquement avec chaque danseur, car chacun a des capacités différentes. Les cercles continus que Sara effectue par exemple, personne d’autre ne pourrait les faire. J’aime l’énergie de Yutaka, originaire du Japon. Dans un sens, nous sommes des individus et on ne peut pas vraiment rentrer dans l’esprit des autres. Les solos permettent de se concentrer sur les visages, les corps, les idées.
-À 83 ans, que représente la danse pour vous ?
-Je danse, j’improvise depuis que je suis toute petite. C’est ma vie, ma passion. J’ai fait le tour du monde avec la danse. Je me sens comme un passeur, un messager. J’aime chorégraphier. Mêler chorégraphie et poésie, c’est la colonne vertébrale de ma danse. J’enseigne tout le temps. Je fais aussi des « Poetry Events » avec Juha Marsalo, qui interprète le duo Rage.
Propos recueillis par Marie-Félicia, texte et photo
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