El Cimarrón, ou la vraie vie d’un esclave fugitif cubain…

Samedi 18 juillet 2026, Festival d’Aix-en-Provence au Théâtre du Jeu de Paume
El Cimarrón, opéra de Hans Werner Henze
Mise en scène, Elayce Ismail ; Scénographie et Costumes, Rosie Elnile ; Lumière, Azusa Ono ; Supervision musicale, Carlo Tortarolo
Baryton, Iván García. Flûtes, Daniel Shao. Guitare, Jean-Marc Zvellenreuther. Percussions, Minh-Tâm Nguyen
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En 1968, le compositeur allemand Hans Werner Henze (1926–2012) découvre à Cuba le témoignage saisissant d’un ancien « cimarrón », c’est-à-dire un esclave fugitif. Les souvenirs d’Esteban Montejo (1860–1973), ancien esclave cubain échappé avant que l’esclavage ne soit aboli sur l’île en 1886, avaient été recueillis par l’ethnologue Miguel Barnet dans Biografía de un cimarrón (1966). En 1969, Henze et Barnet se lient d’amitié, Henze rencontrant même le centenaire Montejo, avant de composer El Cimarrón l’année suivante. La pièce est créée en 1970 au Festival d’Aldeburgh, intitulée « récital pour quatre musiciens », sur un livret de Hans Magnus Enzensberger d’après l’écrit de Miguel Barnet.

On aurait tendance à qualifier d’expérimentale cette musique, qui produit des notes mais aussi de nombreux bruitages, grâce aux trois excellents instrumentistes qui investissent le plateau du Théâtre du Jeu de Paume. Jean-Marc Zvellenreuther à la guitare, marie cordes pincées, cordes frottées, et caisse frappée. Minh-Tâm Nguyen est aussi rejoint par ses deux collègues musiciens pour les séquences les plus dramatiques de l’intrigue (« la fuite », « la guerre »…), les trois instrumentistes ensemble se donnant alors à cœur joie sur l’ensemble des percussions.
Mais l’intérêt premier de l’opus réside dans la narration de la vie d’Esteban Montejo, prise en charge par la basse et comédien vénézuélien Iván García. Entre textes parlés, style parlé-chanté, entre voix de poitrine et voix de tête, le récit tient en haleine. Celui-ci se développe au cours de 15 tableaux, depuis l’esclavage, la fuite, puis une « fausse liberté » où une sorte d’esclavage plus moderne règne dans les champs de canne à sucre. La mise en scène naturelle et fluide d’Elayce Ismail n’a prévu que très peu d’accessoires sur scène, principalement une petite table ronde en fond de plateau que Iván García / Esteban Montejo garnit de divers objets en rapport avec le tableau considéré, celle-ci étant filmée en plongée, et son image vidéo projetée sur un écran latéral. La musique illustre de près les situations, par exemple pour le dixième tableau « Les Prêtres », où chant et fond musical prennent alors un style d’église.

Très grande prestation d’Iván García ! Il est à noter que celui-ci remplaçait un baryton américain prévu à l’origine à l’affiche. Cette substitution a amené également un changement de langue au spectacle, prévu précédemment en anglais. Il faut reconnaître que ce changement d’idiome est particulièrement bienvenu, l’espagnol avec accent sud-américain donnant évidemment une couleur bien plus crédible au récit.
I.F. & F.J. © Jean-Louis Fernandez
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