Les adjectifs ne manquent pas depuis sa disparition, et les compliments ne sont pas que de circonstance. Elégante et drôle, talentueuse et simple, la plus française des chanteuses britanniques attirait la sympathie avec un naturel évident.
Je croyais l’avoir admirée depuis ma jeunesse… alors que je viens de m’apercevoir qu’elle n’avait que quelques années de plus que moi !
Elle avait annoncé, il y a quelques jours à peine, être atteinte d’un cancer en phase terminale ; « Je ne veux pas qu’on me plaigne ; je m’amuse comme une folle, je suis heureuse » : ces messages avaient largement circulé sur les réseaux sociaux. De fait elle était déjà en soins palliatifs, et la publication corrobore l’image que l’entourage voulait garder et partager…
Dans un récent billet sur France-Inter, François Morel lui a rendu hommage, ayant partagé en 2023 avec elle, intimidé, un long voyage en train Paris-Marseille puis un taxi, pour un événement auquel ils participaient tous deux au théâtre de la Criée.
Moi-même l’avais interviewée, comme si nous nous étions toujours connues, en 2016 en amont d’un récital qu’elle allait donner dans le cadre des Musicales du Luberon. Patrick Canac, président-fondateur des Musicales, évoque avec un sourire ému le souvenir de la grande dame.
« Felicity Lott, nous l’avons accueillie en 2016. En fait, je l’avais rencontrée dans un dîner à Paris en 2015 ; elle avait alors un peu plus de 60 ans ; j’étais à côté d’elle à table. Au cours de la conversation, elle me dit, avec beaucoup de simplicité : « Mais vous n’allez pas m’inviter ? Parce qu’on n’invite plus maintenant les vieilles dames dans les festivals. » On imagine volontiers le soupçon de délicieuse coquetterie qui pointait alors, comme dans ce petit accent qu’elle cultivait sans doute, tout en parlant parfaitement le français… « Elle était encore sollicitée en Angleterre, beaucoup moins sur le continent. »
« Je lui ai répondu : « J’ai beaucoup d’admiration pour vous. J’écoute beaucoup vos disques ; j’en ai d’ailleurs beaucoup. » Elle travaillait tout particulièrement avec un pianiste qui avec qui les Musicales collaborent beaucoup, Maciej Pikulski. C’était donc un point commun, même si en l’occurrence ce n’est pas avec lui qu’elle s’est produite chez nous, dans une soirée autour d’Offenbach. »
Une soirée avec le comédien Éric Huchet et le metteur en scène Gérard Chambre (habitué de chez Maxim’s et du Festival de Lacoste, à l’époque de Pierre Cardin, NDLR), dans la carrière des Taillades.
« Elle était en scène avec Éric Huchet, qui faisait les « ténors comiques ». Mais pour une soirée Offenbach, on craignait qu’un récital soit un peu ennuyeux. Il faut faire une mise en scène, essayer de trouver un fil conducteur. Et j’avais demandé à un comédien qui avait joué un rôle dans La belle Hélène ou dans La grande-duchesse de Gerolstein de donner la réplique, puisqu’il y avait des duos ; certes, des solos, avec les grands tubes d’Offenbach, mais aussi des duos ; et c’est devenu « Duos drôles à l’opéra ». »
On n’avait pas lésiné sur le spectaculaire !
« On avait invité l’association Jeep Memory France à Cavaillon, un club de passionnés de voitures militaires, de jeeps, qui défilent pour le 14 juillet, pour les commémorations des grandes dates. Ils ont des uniformes ; ils ont donc participé à la mise en scène. Felicity avait commencé son récital en chantant « Ah ! comme j’aime les militaires ! ». Elle était entrée dans la carrière, en uniforme militaire, debout sur une jeep, en chantant ! Au début, l’idée ne lui plaisait pas trop, mais finalement elle s’est complètement prise au jeu. Elle a travaillé avec le metteur en scène, lui aussi déguisé ; moi je faisais monsieur Loyal en passant la parole et c’était ça avait été une soirée désopilante et qui avait eu beaucoup de succès. »
Sous la fantaisie, il y avait une voix…
« Oui, c’était d’abord une talentueuse soprano. Mais c’était une femme extrêmement fantaisiste, joyeuse, légère. Elle avait beaucoup d’humour. »
Et une simplicité chaleureuse qui mettait tout le monde à l’aise…
« Elle logeait chez nous, dans notre maison. Elle avait complètement participé à notre vie. Elle était restée un jour entier avec nous. Comme Karine Deshayes, elle adorait le champagne. On avait fait un déjeuner charmant avec elle ; on avait bu du champagne, elle s’intéressait à notre vie familiale. Nos petits-enfants étaient là, puisque c’était un été, donc elle s’était complètement intégrée à notre vie familiale. Et puis, comme toujours, il y a quand même des questions économiques et financières qui entrent en jeu ; elle était venue en train. Elle nous a dit : « Je vous fais cadeau du voyage, je suis très bien ici, je ne vous facture pas du tout mon voyage. » Je crois même qu’elle avait apporté des cadeaux ! Enfin bref, c’était une dame délicieuse, d’une délicatesse remarquable et une très grande artiste aussi. Ah, cet accent, cette distinction anglaise, elle était craquante quoi ! »
G.ad.
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