Après le tsunami de la conférence de presse de novembre 2025, annonçant la programmation de l’édition 2026 des Chorégies d’Orange, nous avons interrogé Raymond Duffaut, qui dirigea pendant 35 ans ce Festival prestigieux.
Finances, programmation, rayonnement, perspectives : il nous a répondu sans esquive, sans jugement, ne s’appuyant que sur les faits et les chiffres : « Les chiffres sont têtus ! », aime répéter cet ancien comptable, qui fut aussi directeur administratif et directeur artistique de ce Festival.
Parlons perspectives.
Voir tous les volets de notre entretien : finances, programmation, rayonnement.
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-Pour vous, qui êtes sans doute le meilleur connaisseur de ce festival, existe-t-il des pistes pour sortir les Chorégies de l’impasse ?
-Quand Yann Bompard, le maire (déclaré démissionnaire d’office par arrêté du préfet du 28 janvier 2026, à la suite d’une condamnation pénale du 26 janvier 2026, NDLR) affirme (dans une interview de Vaucluse-Matin, parue le 5 décembre 2025, NDLR) : « j’ai suggéré au Conseil d’administration de conserver un opéra en mise en scène en 2026 (alors que depuis plusieurs années, les opéras ne sont proposés qu’en version concertante, NDLR), quitte à réduire le nombre d’autres spectacles », je ne comprends pas, car la programmation de 2026 est bouclée ! Il veut renouer avec les grands opéras, et il a raison, même s’il évoque de façon réductrice les opéras italiens, alors que c’est Carmen qui est l’opéra le plus joué au monde ! Il évoque un rapport que je ne connais pas du tout… Mais je n’adhère pas à son idée de vouloir réduire encore le temps imparti aux Chorégies dans l’agenda d’occupation du théâtre antique. Le temps de répétition qui était le nôtre aux Chorégies était déjà minimum minimorum, comme je l’ai déjà dit. S’il faut réduire le temps, il n’est plus dans ce cas question de création, alors que c’est l’identité même d’un festival. Quand je parle de création, il ne s’agit pas de création musicale, mais de nouvelle production. Je me suis toujours battu pour avoir quarante-six jours, et quarante-six jours homogènes de surcroît, parce que j’ai toujours insisté et obtenu que rien n’intervienne à l’intérieur de ces quarante-six jours.
Cela a fait en son temps l’objet d’une négociation difficile mais conclusive pour une convention entre Ville et Chorégies qui, d’après ce que je peux savoir, n’a jamais été dénoncée par la ville stricto sensu. Mais depuis, la ville n’a eu de cesse de reprendre des jours pour faire sa propre programmation, ce qu’on peut comprendre, du fait des trous dans la raquette occasionnés par l’actuelle programmation.
-Quelle serait alors la marge de manœuvre d’un nouveau directeur ?
-Dans ces conditions, je pense qu’il sera difficile à un nouveau directeur, quel qu’il soit, de rétablir une programmation avec deux productions d’opéra jouées deux fois, dans le laps de temps désormais imparti. Sans un retour aux termes mêmes de la convention précitée, c’est un véritable défi.
-En ce mois de février 2026, alors qu’ont été annoncées fin novembre 2025 les Chorégies 2026, raccourcies et amputées, quel enseignement pouvez-vous tirer de votre longue expérience à la tête de ce prestigieux Festival ?
-Le conseil d’administration des Chorégies se trouve aujourd’hui devant un choix politique, artistiquement parlant : soit un retour à des Chorégies, Festival d’Opéra, au même titre qu’Aix-en-Provence, avec une programmation destinée au plus large public – il ne faut pas oublier que les Chorégies ont la chance (?) de disposer d’un lieu de 8000 places ! Le subventionnement actuel de 1.900.000€, appuyé par une recherche active de mécénat, permettant sans problème d’en revenir à deux productions d’opéra jouées deux fois, plus des oratorios et concerts.
Propos recueillis par G.ad.
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