Autour de l’assassinat de Samuel Paty : l’urgence de se souvenir…

Vendredi 6 mars 2026, durée 1h05, La Scala-Provence, Avignon
Carole Bouquet
Le Professeur, texte d’Emilie Frèche (éd. Albin Michel). Mise en scène, Muriel Mayette-Holtz. Lumières, François Thouret. Musique, Cyril Giroux. Production La Scala Productions & Tournées. Coproduction Théâtre National de Nice
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Avec Carole Bouquet, icône majestueuse et grave, la Scala-Provence ne pouvait que remplir la salle 600, d’autant que le « spectacle » – annoncé comme tel – avait eu largement le temps d’occuper l’espace médiatique depuis sa création en automne 2024, à Nice, suivie d’une grande tournée, passant par la Scala-Paris – où l’actrice fut victime d’un malaise sur scène le 19 octobre 2025 – puis par diverses villes.
Le sujet le mérite. Fruit d’un trio féminin, Le Professeur évoque les huit jours terribles qui ont précédé l’assassinat encore plus terrible du professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre 2020, pour avoir montré à ses élèves des « caricatures de Mahomet ». L’engrenage inexorable, les multiples « incidents » accumulés, la mauvaise foi, les paroles de haine, les mensonges, la lâcheté quotidienne… Carole Bouquet endosse tous les rôles, du professeur lui-même, de ses collègues, de sa hiérarchie. Texte à la main, elle lit.
A mi-chemin entre documentaire implacable et écriture au couperet, le texte est magnifiquement pensé pour la scène : une écriture sobre, souple, incisive, qui suit les inflexions de la voix, module le rythme de la parole… On a envie de le lire, le relire. Ecrit pour la profération, parfois le murmure, dans le dénuement glacial de l’absence de mise en scène, justement. A peine une ébauche de mise en espace, signée de Muriel Mayotte-Holtz, ex-administratrice – première femme ! – de la Comédie-Française (2006-2014), aujourd’hui directrice du Théâtre national de Nice, ainsi que de la somptueuse Villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat.

L’actrice tout de noir vêtue, devant un pupitre pour seul décor, avec en incipit la brève projection d’une photo en noir et blanc de collège, puis des dates, brutales, qui s’écrivent en tapuscrit administratif sur l’écran, et un accompagnement sonore ou musical judicieux : la sobriété froide sied bien à ce texte poignant, qui ne laisse personne indifférent. On se sent presque coupable d’une sorte de voyeurisme : on ne peut guère prétendre à une valeur apotropaïque de « plus jamais ! », tant les spectateurs sont déjà acquis d’avance…
Mais les réactions du public, pendant et après le spectacle, sont nettement teintées de déception, pointant essentiellement une diction peu intelligible voire peu audible ; théâtre et cinéma ne requièrent pas les mêmes qualités.
Et je me souviens aussi avec nostalgie d’un Michel Le Royer (mais je vous parle d’un temps…), qui fut par ailleurs, et ailleurs, un fougueux Rodrigue : il avait un soir présenté ses excuses au public du théâtre du Chien qui fume, à Avignon, pour se contenter de lire le texte que devait jouer un collègue qu’il remplaçait au pied levé ; l’honneur de l’acteur est dans l’effort d’appropriation d’un texte par sa mémorisation, nous avait-il dit en substance ; je reviendrai donc devant vous quand j’aurai appris le texte. Il avait tenu parole ; magistral, il était revenu, texte su…
G.ad. @ captures d’écran
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