Enchantement

Mercredi 22 juillet 2026, 21h, Auditorium du Parc du Château de Florans, Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron (site officiel)
Bruce Liu, piano. Quatuor Modigliani
György Ligeti, Etude n° 4, Fanfares. Johan Sebastian Bach, Suite française n° 5, BWV 816. Ludwig van Beethoven, Sonate pour piano n° 21 « Waldstein ». Frédéric Chopin, Nocturne en ré bémol majeur, op. 27, n° 2. Maurice Ravel, Alborada del gracioso. Federico Monpou, Glossa sobre Au clair de la lune. Isaac Albeniz, El Puerto (Iberia). Franz Liszt, Rhapsodie espagnole. Robert Schumann, Quintette pour piano, op. 44
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Voir aussi notre présentation d’ensemble de cette 46e édition, post-René Martin

Le pianiste Bruce Liu, dont la notoriété internationale ne fait que grandir depuis son premier prix obtenu en 2021 au Concours International Chopin de Varsovie, nous a véritablement enchantés tout au long de cette soirée du 22 juillet. Le programme proposé pouvait, au premier abord, sembler quelque peu éclectique, démarrant avec Ligeti (1923-2006), pour revenir à Bach (1685-1750), puis rejoindre Beethoven et Chopin, avant un final plutôt hispanisant fin 19ème–début 20ème siècles, conclu par un retour à Liszt. L’idée, en fait, était d’illustrer les différentes possibilités d’emploi du piano et les richesses rythmiques, polyphoniques et sonores pouvant en être tirées, couleurs, contrastes, flamboyance, intimité, servis par la virtuosité ou seulement la simplicité d’un jeu.
Musique pure, expressive ou impressionniste transmettant atmosphères, sentiments ou émotions, Bruce Liu a parfaitement réussi sa démonstration. Technique impeccable, doigté précis, notes nettes jusque dans les passages les plus rapides et virtuoses, s’adaptant à tous les styles, il a su faire « parler » chacune des œuvres proposées, maitrisant rythmes, nuances, dynamique.
L’étude n°4 de Ligeti (du livre 1), à la portée de l’auditeur, bien qu’inscrite dans la modernité, fascine, avec son tempo rapide (vivacissimo), rythmique, son ostinato, son énergie et sa courte fin brutalement calme.
Dans la Suite Française de Bach, initialement écrite pour clavecin, mais que le piano sublime, Liu interprète avec mesure et précision, sans démonstration inutile, cette série de 7 danses, chacune dans son caractère : allemande, courante, sarabande, gavotte, bourrée, loure (et non « louré », comme inscrit dans le programme), gigue.
Terminant la première partie du concert, la sonate « Waldstein » de Beethoven fut tout simplement sublime : un allegro brillant, pour ne pas dire de feu, engagé, passionné, alternant couleurs et contrastes, un adagio dépouillé, très retenu et pensif introduisant un final parfait de maîtrise et d’expressivité, vivant, alternant rêve et passion, pour moi sans doute l’un des plus beaux mouvements de sonate de Beethoven, avec ce thème en do majeur qui le hante, en différentes atmosphères, jusqu’à sa conclusion, interprétation vivement saluée par le public.
Le concert, après l’entracte, reprenait par un Chopin fluide, intime et serein. Suivait une Alborada del Gracioso vivante, expressive dans toutes ses nuances, flamboyante, sautillante, grimaçante, miroir des bouffonneries de ce personnage de l’aubade : là encore, occasion pour le pianiste, d’étaler une virtuosité sans failles.
L’atmosphère changeait avec un Monpou surprenant avec ce court travail sur le thème à peine émergeant, sous les mains du pianiste, du célèbre Au clair de la lune. Instant délicieux encore avec El puerto, l’une des pièces les plus populaires du cycle Iberia d’Albeniz. Sautillante, entraînante, quelle belle évocation impressionniste de ce port andalou !
Enfin, clôturait cette partie pianistique pure, la Rhapsodie espagnole de Liszt. Interprétation pouvant être qualifiée de référence, intense, d’une extraordinaire virtuosité parfaitement maîtrisée, Liu sut en exprimer toutes les facettes, toutes les nuances, la dynamique et rendre toutes les explorations pianistiques de l’œuvre.

Ovation intense, mais courte, car, en fait, ce programme, qui aurait pu se suffire à lui-même, n’était pas terminé, et le public attendait la suite, le piano, cette fois, associé aux cordes, celles du quatuor Modigliani. Les Modigliani sont des habitués du quintette de Schumann. Ils nous l’avaient déjà proposé avec succès en 2022, avec, au piano, Bertrand Chamayou. La complicité fonctionna ; Liu, à son tour, sut parfaitement s’intégrer à l’équipe qui nous en offrit une belle interprétation, un allegro enlevé et nerveux, exposant aussi un thème tendre et lyrique, un deuxième mouvement s’ouvrant sur une marche lente, empreinte de fatalisme, laissant place à un thème plus chantant, puis une révolte puissante et passionnée, avant retour au fatalisme initial, un scherzo brillant et un allegro final décidé, martelé, menant à une conclusion convaincante, offerte par des musiciens en accord parfait.
Le public, bien entendu, sut exprimer toute sa satisfaction et son enthousiasme. Les Modigliani ne s’étant produits que sur cette seule œuvre, on eût attendu, pour le plaisir, un bis… qui ne vint pas, dommage !
Mais, en tout cas, quelle soirée mémorable !
B.D. Photos Franck Denis
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