Une réécriture risquée…

Mercredi 29 avril 2026, 20h, L’Autre Scène, Vedène (84) ; billetterie : www.operagrandavignon.fr, ou 04 90 14 26 40
Dimanche 3 mai 2026, 21h, Site archéologique Glanum, Saint-Rémy-de-Provence (13) ; infos-billetterie : site-glanum.fr
Aïda déchaînée. Opéra de chambre. Adaptation d’après Aida de Verdi, par Frédéric Roels et Solère
Nouvelle coproduction Opéra Grand Avignon et Piccolo Opera Festival
Mise en scène, décors, costumes, lumières, Frédéric Roels. Assistante à la mise en scène, Nathalie Gendrot. Assistante à la scénographie et aux costumes, Elise Vasseur. Réalisation des costumes, Ateliers de l’Opéra Grand Avignon. Etudes musicales, Ayaka Niwano
Aïda, Diana Axentii. Amnéris, Ahlima Mhamdi. Radamès, François Rougier. L’Homme de l’ombre, Igor Mostovoï
Cornet, Emmanuel Collombert. Harpe, Mathilde Giraud. Electronique, Solère
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Voir aussi toute la saison 2025-2026 de l’Opéra Grand Avignon et tous nos articles de mai 2026
NOTRE COMPTE RENDU
Cette « relecture d’Aïda » présentée par l’Opéra Grand Avignon a été très rapidement menée – neuf jours de répétition, non, de « recherches, réflexions, premières intentions… », si l’on en croit sa page Facebook -. Présentée en coproduction avec le bien nommé Piccolo Opera Festival (en Vénétie), elle incite les spectateurs à oublier tout ce qu’ils savent de l’opéra monumental de Verdi, et à entrer dans sa version de poche, adaptée par Frédéric Roels et Solère (musique électronique) : une version resserrée sur le drame intime de l’amour et de la jalousie, entre quatre personnages (Amnéris femme de pouvoir, Aïda jeune esclave, Radamès amoureux déchiré, et l’Homme de l’Ombre porteur de toutes les forces obscures).
La précarisation croissante du spectacle vivant donne une place accrue aux productions « économiques ». La « réduction » – dans tous les sens du terme – d’un opéra à une version chambriste entre sans doute dans cette perspective, comme Un Barbier ou Carmen intime, inégalement réussis ; à tout le moins, elle a le mérite de donner au public le plus large un accès, fût-ce par la petite porte, aux grandes œuvres lyriques.

Ainsi, c’est une Aïda déchaînée qui a été proposée à l’Autre Scène de Vedène, une scène qui accueille habituellement les petites formes programmées par l’Opéra Grand Avignon. Une version portée seulement par quatre chanteurs et trois instrumentistes.
Le resserrement de l’action se concentre ainsi en affrontement du triangle amoureux, souligné géométriquement par la pyramide égyptienne omniprésente, seul élément de décor (blanc dans tout un environnement noir) ; le combat entre les Ethiopiens d’Amonasro et les Egyptiens de Radamès, figuré en fond de scène par quelques croisements lents de bâtons façon escrime, s’il a pu prêter à sourire pour nos voisins de salle, nous a paru plutôt opportun ; ainsi que le lent basculement de la pyramide devenant couvercle de tombeau pour le couple interdit, Aïda-Radamès.
Néanmoins cette version réduite à moins d’une heure et demie a suscité dans le public vauclusien en ce soir de première des réactions diverses, allant de la curiosité bienveillante à la critique virulente, en passant par la réserve polie. Nous ne savons comment elle aura été reçue dans le site archéologique de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence le 3 mai, ni à Clermont-Ferrand le 16 mai.

Diana Axentil (Aïda) et Alima Mahmdi (Amnéris) se sont battues vaillamment pour asseoir leur ligne de chant sur un support instrumental qui leur a cruellement fait défaut ; des départs décalés, des instruments jouant plutôt une partition solo, ne leur ont pas permis de faire entendre des qualités vocales qu’on avait pu apprécier dans d’autres productions. Les voix masculines ont su s’imposer avec plus de solidité ; François Rougier incarne un Radamès relativement crédible ; Igor Mostovoi, lui, endosse avec justesse plusieurs rôles, tant Amonasro à visage découvert que toutes les forces contraires, quand il devient, masqué de cuir, « l’homme de l’ombre ».
Le trio d’instrumentistes, plutôt inattendu, associait une harpe (Mathilde Giraud), un cornet (Emmanuel Collombert) et des claviers (Solère). Si la harpe accompagnait joliment les moments élégiaques, elle n’en a pas pour autant réussi à sauver les arias, dans lesquels, tronqués et traduits, on n’a guère reconnu que « Céleste Aïda »… Le volume du cornet, attaquant fortissimo – et même davantage ! – et s’adaptant peu à peu à l’exiguïté de la scène, n’a pas réussi à sculpter des tempi utiles aux chanteurs. Quant à la partie électronique, elle a totalement couvert l’ensemble et dénaturé l’œuvre ; le mariage audacieux du classique et des musiques actuelles est souvent fécond, mais peut aussi se révéler très risqué, voire totalement inconvenant ; et comment attendre d’un adolescent, même talentueux, la technique et la maturité… pour réécrire Verdi ?!

Les personnages, en s’appropriant l’espace scénique, ont exprimé la tension dramatique qui constituait le cœur battant de cette production, un filet vertical séparant les instrumentistes en fond de scène, des chanteurs en avant ; la pénombre permanente exprimait tout le poids de la tragédie, mais les lumières étaient trop discrètes pour mettre en valeur les personnages, par ailleurs peu avantagés par leurs costumes !
L’impression générale qui demeure de cette soirée confine plus au théâtre musical qu’à l’opéra ; mais nous aurions presque préféré que ce théâtre ne fût pas musical !…
On reste enfin perplexe devant l’illustration des flyers et programmes de salle ; quelle relation entre ce chêne déraciné et cette Aïda, autre qu’une homophonie douteuse ?
Après d’incontestables réussites au cours de cette saison 2025-2026 à l’Opéra Grand Avignon, dont deux créations, un Prométhée remarquable et un Décaméron original, le printemps s’achemine vers les deux dernières productions, Turandot en mai et La Belle Hélène en juin.
G.ad. Photos Opéra Grand Avignon & G.ad.
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