Une parfaite osmose entre instruments, choeur et solistes

Mercredi 21 janvier 2026, Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence
Ein deutsches Requiem, Johannes Brahms
Insula orchestra. Accentus. Laurence Equilbey, direction. Eleanor Lyons, soprano. John Brancy, baryton.
Musiques additionnelles :
Johann Sebastian Bach, Choral « Wer nur den lieben Gott lässt walten ». Johannes Brahms, Marienlieder « Magdalena ». Johannes Brahms/Johann Sebastian Bach, Choral « O Welt, ich muss dich lassen ».
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En résidence à La Seine Musicale de Boulogne-Billancourt, Insula orchestra et le chœur Accentus viennent d’y représenter il y a quelques jours Un requiem allemand de Brahms, dans une mise en scène assez spectaculaire de David Bobée. Les photos qu’on peut consulter sur internet montrent en effet une carcasse d’avion fumante et flambante, ce requiem étant en quelque sorte interprété après la catastrophe. La discussion entre pour et contre l’illustration visuelle d’une telle œuvre n’a toutefois pas lieu d’être ce soir au Grand Théâtre de Provence, où c’est en concert que les artistes proposent l’ouvrage. Le spectateur y perd certes la production visuelle, mais l’auditeur peut davantage se concentrer sur la musique et le chant.
Laurence Equilbey, aux commandes de son orchestre Insula orchestra et de son chœur Accentus, insuffle une direction très appliquée et pleine de sentiment. L’orchestre, dit « historiquement informé » et qui joue sur instruments d’époque, produit un son plus rond, moins agressif qu’une formation moderne, avec certaines sonorités plus sombres, aux cors naturels par exemple. Le bel équilibre entre pupitres permet aussi d’entendre clairement les détails de la partition, une partition d’ailleurs « augmentée » ce soir de musiques additionnelles, comme l’entame où le baryton chante a cappella un court choral de Bach. Ce même baryton aura aussi le mot de la fin à l’issue de la soirée, toujours a cappella, après l’ajout, à la suite du Deutsches Requiem, du Choral de Johann Sebastian Bach « Wer nur den lieben Gott lässt walten », du sixième chant « Magdalena » des Marienlieder de Brahms, puis du Choral de Bach « O Welt, ich muss dich lassen », transcrit pour l’orgue par Brahms.
Le baryton John Brancy est doté d’un beau timbre, instrument ferme en particulier dans ses extensions vers l’aigu, dont la couleur peut rappeler par instants son illustre aîné José van Dam. Les échanges entre soliste et chœur au cours du passage « Herr, lehre doch mich » sont superbement réglés, le chanteur étant capable d’émettre de subtiles notes en mezza voce.

Toute de blanc vêtue, la soprano Eleanor Lyons se montre angélique dans le mouvement « Ihr habt nun Traurigkeit », voix d’ampleur et qui semble facile pour l’atteinte des aigus les plus aériens. Le style nous paraît toutefois manquer d’un peu de lien, de legato pour rester dans le vocabulaire vocal, entre les notes et les mots.
Mais le grand triomphateur de la soirée est certainement le chœur Accentus, qui se présente dans un effectif plutôt dense de neuf chanteurs / chanteuses pour chacun des quatre pupitres. Le fondu collectif est splendide, dans une acoustique agréablement équilibrée avec l’orchestre, les deux formations se produisant très souvent ensemble. Les départs et nuances donnés par la cheffe sont suivis avec une constante concentration, notamment pour les passages a cappella, où les notes sont tenues sur une bonne longueur de souffle. Le deuxième numéro « Denn alles Fleisch, es ist wie Gras » marque par exemple un fort contraste entre un début assez doux, une manière plutôt caressante de diriger l’orchestre, puis un crescendo de puissance où les choristes se donnent à pleine voix, pendant que l’enthousiaste timbalier domine largement les débats à l’orchestre.
La qualité de cet ensemble Accentus et Insula orchestra, qui paraît ne faire qu’un, ne se dément pas jusqu’à la conclusion du Requiem proprement dit, les extraits ajoutés qui suivent venant en forme d’apaisement final, après certains passages tumultueux qui précédaient.
F.J. / I.F. © I.F.
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