Au GTP : beau Stabat Mater de Pergolesi par le Concert d’Astrée

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence le 22 novembre 2025
Stabat Mater de Pergolesi
Le Concert d’Astrée ; Emmanuelle Haïm, direction
Emoke Baráth, soprano ; Carlo Vistoli, contre-ténor
Francesco Durante, Concerto à 4 pour cordes n° 5 en la majeur. Domenico Scarlatti, Salve Regina pour alto et cordes en sol majeur. Leonardo Leo, Salve Regina pour soprano et cordes en fa majeur. Pietro Antonio Locatelli, Sinfonia funebre en fa mineur. Giovanni Battista Pergolesi, Stabat Mater pour soprano, alto et cordes en fa mineur
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Après le Théâtre Impérial de Compiègne l’avant-veille, c’est au Grand Théâtre de Provence que se produisent Le Concert d’Astrée et Emmanuelle Haïm, sa cheffe historique et fondatrice de la formation en 2000. La tournée conduira d’ailleurs, jusqu’au 5 décembre, les artistes dans différents lieux : Auditorium de Lyon, MC2 Grenoble, Opéra de Dijon, Barcelone, Oviedo, Madrid et enfin Philharmonie de Paris.
Pour l’heure, la vaste salle du GTP présente une excellente acoustique pour les morceaux symphoniques au programme de la soirée, à commencer par le Concerto à 4 pour cordes de Francesco Durante. L’ensemble baroque est plutôt en petite formation ce soir, on y apprécie la virtuosité des 14 instruments à cordes frottées, le luth délicat, ainsi que la direction dynamique d’Emmanuelle Haïm, qui joue de l’orgue dans le même temps. En seconde partie, la Sinfonia funebre de Pietro Antonio Locatelli confirme ces qualités, les petits arpèges au luth se faisant encore plus clairement entendre, dans un serein équilibre entre pupitres. On précise d’ailleurs que cette Sinfonia funebre ne sonne pas spécialement funèbre, mis à part un démarrage à la triste atmosphère.

C’est Carlo Vistoli, l’un des tout meilleurs contre-ténors actuels, qui entame les séquences chantées, avec le Salve Regina pour alto et cordes en sol majeur de Domenico Scarlatti. Angélique à l’entame, l’interprétation se fait réellement doloriste par la suite, et rarement plus légère avec de petits passages plus rapides. L’agilité est surtout convoquée à la conclusion où le mot Amen est répété à l’envi sur de nombreuses et difficiles vocalises, chantées avec maîtrise. L’acoustique n’est toutefois pas vraiment favorable au soliste, bien sonore dans l’aigu, mais par instants plus discret dans sa moitié inférieure.

La soprano Emoke Baráth fait entendre un instrument plus homogène en puissance dans le Salve Regina pour soprano et cordes en fa majeur de Leonardo Leo. Dans cette très belle pièce qui alterne entre mouvements lents et passages agités, la chanteuse distille de superbes aigus aériens, assure une virtuosité sans faille dans la deuxième partie digne d’un air de bravoure belcantiste, et termine enfin dans un souffle sur les dernières notes lentes de l’ouvrage.
Mais le public, qui fait salle pleine en cette soirée, est surtout venu pour le célèbre Stabat Mater de Pergolesi, donné en dernière partie. Là encore, on apprécie les talents de chaque interprète, aussi bien individuellement que lorsque les deux lignes de chant se superposent. Le timbre d’Emoke Baráth séduit sans réserve, dans une splendide musicalité, même qualité détenue par Carlo Vistoli qui trouve plusieurs phrases où s’épanouit son instrument avec ampleur (comme « Fac me tecum plangere »).
Deux bis sont accordés, d’abord l’extrait « Dolci chiodi, amate spine » de La Resurrezione de Händel. Puis du même compositeur, Awake, My Soul conclut la soirée, alors qu’une bonne partie du public en redemande encore.
F.J. / I.F. © I.F.
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