Une réussite incontestable pour les artistes, un bonheur pour le public

Vendredi 12 décembre 2025, 20h ; samedi 13 décembre 2025, 20h, Opéra Grand Avignon
Création mondiale
Prométhée. Musiques, Ludwig van Beethoven et Fabien Cali
Nouvelle coproduction Opéra Grand Avignon et Orchestre national Avignon-Provence
Direction musicale, Swann van Rechem. Chorégraphie, Martin Harriague en collaboration avec les danseurs. Mise en scène, décor, lumières, Martin Harriague. Dramaturgie, Claire Manjarres & Martin Harriague. Costumes, Mieke Kockelkorn. Réalisation décor / accessoires, Opéra Grand Avignon. Assistant à la chorégraphie, Mathieu Geffré. Assistant à la lumière, Christian Rivero.
Prométhée, Kiryl Matantsau. Epiméthée, Evan Inguanez, Sylvain Bouvier. Zeus, Sylvain Bouvier. Les Créatures, Daniele Badagliacca, Lucie-Mei Chuzel, Elisa Cloza, Léo Khebizi, Hanae Kunimoto, Tabatha Longdoz, Giorgia Talami, Miguel Teixeira, Donia Abdin, Sanz et Maira Renee
Ballet de l’Opéra Grand Avignon. Directeur de la danse, Martin Harriague. Maîtres de Ballet, Brigitte Prato, Ari Soto. Régisseurs du Ballet, Michele Soro, Christian Rivero
Orchestre national Avignon-Provence. Directeur général, Alexis Labat. Directrice musicale, Débora Waldman
Violon 1, Cordélia Palm (super solo), Sophie Saint-Blancat, Pauline Dangleterre, Bo Xiang, Natalia Madera, Corinne Puel, Eugène Ducros, Juliette Nougué*. Violon 2, Gabriella Kovacs, Marie-Anne Morgant, Teresa Martinez Diago, Nathalie Caulier, Robin Magny, Marlène Pianet*. Alto, Fabrice Durand, Louise Mercier, Irénée Krumenacker, Laurence Vergez. Violoncelle, Nicolas Paul, Emmanuel Lécureuil, Louise Rosbach, Janice Renau. Contrebasse, Frédéric Béthune, Matthias Courbaud. Flûte, Victoria Creighton, Sujeong Lee. Hautbois, Frédérique Costantini, Thierry Guelfucci. Clarinette, Mio Yamashita, Marie Guillot. Basson, Arnaud Coic, Ana Genet. Cor, Mathilde Dannière, Gaelle Claudin. Trompette, Pierre Macaluso, Guillaume Degrugillier. Timbales, Hervé Catil. Harpe, Marcel Cara*
*Musiciens supplémentaires
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NOTRE COMPTE RENDU n°1
D’un seul élan, le public de l’Opéra (rempli) s’est levé pour acclamer la nouvelle création du chorégraphe Martin Harriague, le directeur de la danse de l’Opéra Grand Avignon. Comme en novembre 2024 à l’issue de la première d’America, les spectateurs ont applaudi à tout rompre le Ballet de l’Opéra. Mais avec Prométhée, les danseurs ont partagé les vivats du public en liesse avec les musiciens de l’Orchestre Avignon-Provence. Dirigés par le chef Swann van Rechem, perchés sur un plateau à 2 m au-dessus de la scène, ils ont interprété avec brio les airs des Créatures de Prométhée, l’unique ballet composé par Beethoven, revisité par le compositeur Fabien Cali. Devant, sur le tapis blanc, les danseurs ont déroulé les grands épisodes du mythe de l’héroïque titan, entre visite au musée, porte s’ouvrant sur le feu sacré, rocher du châtiment éternel, corps sculptés et dieux de l’Olympe, dans une danse joyeuse, qui a souvent déclenché les rires des spectateurs, à la mécanique bien huilée, très technique, très physique et très rythmée!
M.-F.A. (paru initialement dans Vaucluse-Matin)
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NOTRE COMPTE RENDU n°2

Dans cette saison 2025-2026 de l’Opéra Grand Avignon consacrée aux mythes, Prométhée, avec le ballet éponyme, trouve une place de choix.
Ce Titan révolté contre le pouvoir arbitraire des dieux olympiens, vole le feu pour l’offrir aux hommes, et participe ainsi à l’émancipation de l’humanité, au jaillissement créateur, en opposition ou complémentarité avec son frère Epiméthée, porteur, lui, de la connaissance raisonnée, de la réflexion.
Ce Prométhée est une réussite absolue, et le public unanime a su manifester un légitime enthousiasme aux deux représentations, le vendredi et le samedi. C’était un double pari, tenu avec un égal talent.
Côté musique, c’était une création de Fabien Cali, compositeur en résidence, qui nous confiera après le spectacle ses réticences initiales à mettre ses pas dans ceux de Prométhée, l’unique ballet du redoutable Beethoven – d’une durée d’une heure -, et à entamer avec lui un dialogue risqué. Or le résultat est à inscrire dans le marbre comme une très belle partition ; si l’on y reconnaît parfois la patte beethovénienne, dont inévitablement l’ouverture, Fabien Cali a su assimiler cet héritage avec intelligence et sensibilité, et a tissé pour sa part une œuvre riche, dense, d’une puissance cosmique, prométhéenne ou beethovénienne, parfois d’une délicatesse arachnéenne. Du grand art.

Côté danse, c’était également une création, signée Martin Harriague, dont l’inventivité bienveillante et le talent avéré offrent depuis plusieurs années au Ballet de l’Opéra Grand Avignon un rayonnement juvénile bien mérité.
Nous étions idéalement placés, au premier rang, centrés, juste au bord de la scène, la fosse d’orchestre ayant été remplie de fauteuils pour satisfaire l’afflux de réservations… Nous avons ainsi été totalement immergés dans l’énergie communicative des douze danseurs. Douze jeunes danseurs qui ont complètement renouvelé l’équipe, dont ne reste plus pour cette production Sylvain Bouvier (Zeus en ombre chinoise et Epiméthée) et Ari Soto (en guide de musée), arrivé en 2010 et prêt à glisser dans les jours à venir dans le rôle de maître de ballet. La visite du musée à elle seule, morcelée en plusieurs mini-épisodes, est savoureuse d’humour et de polysémie, à la fois irruption d’un présent décalé, et intemporalité du mythe.
La narration de Prométhée passe par tous les épisodes du mythe, parfois simplement suggérés avec finesse et pertinence, de la création de l’homme et de la femme jusqu’à la punition finale de Prométhée, à peine suggérée par un rocher suspendu dans les airs et par un – vrai – rapace qui qui passe en fond de scène en ombre chinoise sur le poing de l’oiseleur ; il avait même été dressé pour se poser en fin de spectacle sur le poing de Prométhée, mais s’est montré aussi rebelle sur scène que le héros dans le mythe !

Dès l’éveil au monde de la première créature humaine, on admire la subtilité du jeu des deux interprètes, dont l’ébauche de mouvement maladroit va glisser en belle sensibilité vers une libération progressive du geste ; le regard même, dans le battement de paupières ingénu, exprime la lente ouverture à la vie, à la conscience de soi, à la découverte du partenaire dans une irréductible altérité, et du monde. Tout le ballet est marqué par les regards et les mimiques tout autant que par une gestuelle vigoureuse, intense… On ne sait quels épisodes il faut retenir, tant ils sont tous réussis, comme le vol du feu sacré, ou le troublant pas de deux entre Pandore et Épiméthée (Evan Inguanez).
Autour du rôle-titre Kyril Matantsau, tous sont excellents, solistes ou Créatures (Daniele Badagliacca, Lucie-Mei Chuzel, Elisa Cloza, Léo Khebizi, Hanae Kunimoto, Tabatha Longdoz, Giorgia Talami, Miguel Teixeira, Donia Abdin Sanz et Maira Renee), comme traversés et habités par la musique ; comme si le mouvement dans son énergie puissante et la partition dans son intensité roborative ne faisaient qu’un.
Les costumes, tous différents, sont tous tissés de finesse et de légèreté, en nuances de blanc et sable, créant un effet miroitant de nudité pudique et de sensualité assumée. Les épisodes intercalés, de visite guidée du musée, apportent, eux, leurs tenues violemment colorées et leur insolence jubilatoire. Chaque danseur, en solo, en duo, en sextuor, voire en tutti, est révélé dans son individualité propre, tout en formant une véritable cohérence. Les lumières, qu’elles soient frontales, tombant des cintres, en contre-jour, en clair-obscur ou en ombre chinoise, sont remarquables de pureté et d’élégance, dans une esthétique sobrement japonisante.

A deux mètres du sol en fond de scène, dans une demi-obscurité, l’Orchestre National Avignon-Provence, étoffé de sept supplémentaires (trois violons, un violoncelle, une clarinette, un basson, une harpe) et en très belle forme, est animée d’un souffle « cosmique », revigorant, sous la baguette du jeune Français Swann van Rechem, grand gagnant du 58e Concours international de jeunes chefs à Besançon en 2025, dont la carrière, brillante et multiple, démarre en flèche (site officiel). « Diriger un orchestre, c’est toujours une aventure », disait-il à France-Inter. Une très belle aventure en l’occurrence… Ce Prométhée fait du bien.
G.ad. Photos Christophe Bernard (spectacle), G.ad. (salut)
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BIOGRAPHIES

Martin Harriague, chorégraphe
Originaire du Pays Basque, Martin Harriague débute la danse classique et contemporaine à l’âge de 19 ans. Il rejoint le Ballet National de Marseille en 2008, puis la Noord Nederlandse Dans aux Pays-Bas en 2010.
De 2013 à 2018, il danse en Israël à la Kibbutz Contemporary Dance Company. Il a notamment interprété les pièces de grandes personnalités de la scène chorégraphique internationale : Emanuel Gat, Roy Assaf, Stephen Shropshire, Thierry Malandain, Itzik Galili…
Depuis une décennie, Martin Harriague multiplie les collaborations avec de nombreux ballets et compagnies en Europe : Malandain Ballet Biarritz, Leipzig Ballett, Hessisches Staatsballett Wiesbaden, Chemnitz Ballett, Scapino Ballet Rotterdam, Dantzaz Konpainia, Korzo, et le Ballet de l’Opéra du Grand Avignon.
Le Grand Prix de la Critique 2025 (catégorie “danse”) a été décerné au chorégraphe Martin Harriague, pour sa pièce Crocodile.
Il devient le directeur de la danse à l’Opéra Grand Avignon en septembre 2024.
Le 1er janvier 2027, Martin Harriague succèdera à Thierry Malandain, fondateur du CCN – Malandain Ballet Biarritz, en 1998.

Fabien Cali, compositeur
Fabien Cali est un compositeur à la croisée des genres et des esthétiques. Guitariste, titulaire d’un Master d’analyse du jazz à la Sorbonne et de 7 prix du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, Fabien Cali s’est d’abord formé à la musique par le rock, la pop et les musiques électroniques. Il développe ainsi très tôt un goût pour les univers sonores hybrides. Porté par les enseignements de Yan Maresz, Thierry Escaich ou encore Alexandros Markeas, il construit un parcours où la rencontre des cultures est centrale : héritage de la Renaissance, rock, jazz, électro et musiques expérimentales s’y répondent sans hiérarchie, dessinant un univers poétique libre et singulier.
Récompensé par le Grand Prix SACEM de la musique contemporaine, Fabien Cali reçoit des commandes de grandes institutions (Radio France, Philharmonie de Paris, Ministère de la Culture…) et collabore avec de nombreux ensembles, solistes et artistes de tous horizons (Paul Meyer, l’ensemble Les Apaches, l’orchestre National de Mulhouse, Maxime Pascal, Last Train, Noëmi Waysfeld…).
Également compositeur pour l’image, il signe la bande originale du film Terre des Ours (récompensé d’un Jerry Goldsmith Award), poursuivant sans cesse cette démarche d’ouverture et de décloisonnement. Lauréat de la Fondation Banque Populaire, il mène donc aujourd’hui un travail où la fusion et la diversité musicale deviennent source d’inspiration et de liberté créative.
Fabien Cali est compositeur en résidence à l’Orchestre national Avignon-Provence.

Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Danseuses & danseurs : Daniele Badagliacca, Sylvain Bouvier, Lucie-Mei Chuzel, Elisa Cloza, Aurélie Garros, Léo Khebizi, Hanae Kunimoto, Tabatha Longdoz, Kyril Matantsau, NN, Ari Soto, Giorgia Talami
Sous la direction de Martin Harriague depuis septembre 2024, le Ballet de l’Opéra Grand Avignon poursuit la mue commencée par Emilio Calcagno vers des écritures chorégraphiques résolument contemporaines. Interprètes d’une danse virtuose et exigeante, les douze danseuses et danseurs du Ballet servent une expression en prise avec les enjeux de notre époque et révélatrice de nouveaux talents, nourrissent un répertoire en perpétuelle évolution où les créateurs de demain dialoguent avec les icônes de la danse.
Solidement ancré sur son territoire, le Ballet transmet avec passion une danse physique et jubilatoire, tout en se faisant ambassadeur de la Cité des Papes en France et à l’International.

Orchestre National Avignon-Provence
Fondé à la fin du XVIIIe siècle, l’Orchestre national Avignon-Provence est l’un des orchestres permanents les plus anciens de France. Fort de ses 39 musiciens, il incarne une mission de service public de la culture : création, diffusion et médiation.
Depuis 2020, il porte le label « Orchestre national en région », soutenu par le Ministère de la Culture, la Région Sud, le Département de Vaucluse, la Communauté d’Agglomération du Grand Avignon et la Ville d’Avignon.
Sous la direction musicale de Débora Waldman, l’Orchestre se distingue par une programmation ambitieuse et éclectique, mêlant chefs-d’œuvre du répertoire (Mozart, Mendelssohn, Sibelius) et œuvres rares ou contemporaines, notamment celles de compositrices oubliées comme Marie Jaëll ou Charlotte Sohy (dont un enregistrement remarqué, NDLR). Il collabore avec des solistes et chefs renommés tout en favorisant l’émergence de jeunes talents.
Partenaire fidèle de l’Opéra Grand Avignon, il accompagne la saison lyrique et développe des projets pluridisciplinaires (danse, théâtre musical, cinéma). Engagé dans une démarche écologique depuis 2023, il œuvre à réduire son empreinte carbone. Son département des actions culturelles, fondé en 2009, permet à plus de 20.000 personnes chaque année de découvrir la musique symphonique.
L’Orchestre rayonne sur tout le territoire régional et au-delà, invité dans des festivals prestigieux tels que le Festival d’Avignon, les Chorégies d’Orange, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence ou La Roque d’Anthéron. Sa politique discographique reflète son engagement artistique, avec des enregistrements salués par la critique, comme Sparklight ou Sisters.
©Blandine Soulage
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