Un concert élégant, précis, virtuose, équilibré…

Vendredi 6 mars 2026, Église Notre-Dame du Mont, Marseille
Festival Mars en baroque : « Haendel l’Italien » – Airs et duos d’opéras et de cantates
Angelica Disanto, soprano. Nicolò Balducci, contreténor
Ensemble Orfeo Futuro
Giovanni Rota et Valerio Latartara, violons. Gioacchino De Padova, basse de viole. Gabriele Natilla, théorbe. Pierfrancesco Borrelli, clavecin
Georg Friedrich Haendel, Aminta e Fillide ; Ariodante, « Un pensiero nemico di pace »; Giulio Cesare, « Svegliatevi nel core » ; Rinaldo, « Scherzano sul tuo volto »
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Le festival Mars en Baroque déroule sa 24ème édition jusqu’au 27 mars : les grandes lignes dans nos pages, et la programmation détaillée sur le site officiel. Contrairement aux années passées – on se souvient en particulier d’Orfeo de Monteverdi donné en mars 2025 à l’Opéra de Marseille -, pas d’opéra intégral pour cette fois, mais de nombreux concerts qui « rendent hommage à l’essence du baroque »… et un bidon d’essence à l’aspect plutôt baroque sur la page d’accueil du site de la manifestation !

Donné dans l’église Notre-Dame du Mont, le concert du soir est exclusivement consacré à Georg Friedrich Händel (1685 – 1759) et n’en propose pas moins une de ses œuvres dans son intégralité, la cantate Aminta e Fillide, composition de jeunesse qui date de son premier séjour à Rome en 1708. En une heure environ, cette cantate italienne nous expose, dans une alternance de récitatifs et d’airs, les assauts amoureux répétés du berger Aminta (Aminte) envers la nymphe Fillide (Phyllis), celle-ci résistant jusqu’à céder finalement au cours d’un duo en forme de fin joyeuse.
Ensemble à géométrie variable entre quatuor et orchestre, Orfeo Futuro se présente ici en groupe de cinq musiciens, soit deux violons, basse de viole, théorbe et le clavecin tenu par Pierfrancesco Borrelli, celui-ci assurant la direction musicale depuis son instrument. Le son émis par cette formation est à la fois élégant et précis, dans l’acoustique de l’église plus favorable aux musiciens qu’aux chanteurs. Les passages de virtuosité aux violons sont très bien exécutés, et par ailleurs les récitatifs accompagnés au continuo sont bien équilibrés en volume avec les autres airs.
Pour la partie chantée, il faut d’abord mentionner l’inversion des genres pour cette représentation : c’est la soprano Angelica Disanto qui interprète le berger Aminta, tandis que le contre-ténor Nicolò Balducci chante la nymphe Fillide. Il faut dire que les tessitures sont parfois très proches entre les deux, le contre-ténor montant parfois sur la portée jusqu’à des aigus de sopraniste. Allant d’un pupitre à l’autre, les interprètes expriment leurs sentiments et jouent gentiment les tentatives répétées de séduction.
Angelica Disanto possède une voix de belle ampleur, surtout dans la moitié supérieure de son registre, la musicalité étant également bien assurée. Nicolò Balducci impressionne encore davantage, d’abord par une voix très longue, depuis certaines notes graves en limite de voix de poitrine, jusqu’à d’autres où il concurrence sans problème une soprano. Les airs doux sont bien rendus, comme lorsque Aminta souffre de son amour non payé de retour dans « Se vago rio », ou encore le très élégiaque « Sento il Cieco Dio bambin » de Fillide qui se laisse finalement attendrir, ce dernier passage aux aigus purs qui planent longuement dans l’église.
Le programme est complété par des extraits instrumentaux, ainsi que certains airs plus tardifs de Händel. Dans l’extrait d’Ariodante, la soprano met en œuvre son abattage pour réussir ses enfilades de vocalises, dans une bonne gestion du souffle. L’air da capo de Sesto « Svegliatevi nel core », tiré de Giulio Cesare, fait alterner pour le contre-ténor les moments d’agilité et la section centrale beaucoup plus calme « L’ombra del genitore », très belle et émouvante.
« Scherzano sul tuo volto » de Rinaldo réunit les deux interprètes, dans un agréable équilibre vocal ; c’est aussi le cas de l’extrait de Rodelinda « Io t’abbraccio », un moment suspendu aux lignes vocales entrelacées ou bien en dialogues. Le second bis reprend, pour la joie du public, le duo final de la cantate italienne Aminta e Fillide.
F.J. Photo Facebook
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