Immense succès pour cette version, déjà devenue elle-même un grand classique

Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence le 13 février 2026
Angelin Preljocaj, chorégraphie. Piotr Ilitch Tchaïkovski, musique. 79D, musique additionnelle. Boris Labbé, vidéo. Éric Soyer, lumières. Igor Chapurin, costumes.
Mirea Delogu, Odette / Odile ; Owen Steutelings, Siegfried ; Araceli Caro Regalón, mère de Siegfried ; Romain Renaud, père de Siegfried ; Redi Shtylla, Rothbart
Et les danseurs du Ballet Preljocaj : Teresa Abreu, Lucile Boulay, Elliot Bussinet, Audalys Charpentier, Alice Comelli, Lucia Deville, Chloé Fagot, Afonso Gouveia, Eva Gregoire, Arturo Lamolda, Laurent Le Gall, Erwan Jean-Pouvreau, Théa Martin, Zoë McNeil, Ygraine Miller-Zahnke, Maxime Pelillo, Agathe Peluso, Ayla Pidoux, Ethan Dufourg, Micol Taiana
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Installé depuis 2006 au Pavillon Noir, situé à deux pas du Grand Théâtre de Provence, Angelin Preljocaj est venu en voisin pour reprendre sa chorégraphie du Lac des cygnes, créée en 2020. Le chorégraphe est d’ailleurs un très fidèle des lieux, puisqu’il y a créé ou repris 12 ballets depuis 2017. Preljocaj revisite ce soir l’un des plus grands sommets de la danse classique, ceci en conservant la trame du ballet original de Marius Petipa et Lev Ivanov, mais tout en actualisant le propos, par les moyens de la chorégraphie, de la musique, ainsi que de la vidéo, très présente et réussie. Cette version est elle-même devenue un classique, puisque deux autres chroniqueurs de Classiqueenprovence l’avaient vue, dans des configurations bien différentes, en projection différée au cinéma Rivoli de Carpentras en janvier 2022, puis aux Chorégies d’Orange en juillet 2025.
Nous assistons d’abord à une forme de réception dans un vaste hall, avec seaux à champagne posés sur deux tables et une grande maquette d’un complexe industriel qu’on pousse sur roulettes, tandis que pour l’extérieur, les vidéos projetées en fond de plateau montrent la pluie sur les buildings, façon Manhattan. Entre les extraits de la classique partition de Tchaïkovski sont intercalés certains passages musicaux plus actuels, signés 79D. Les contrastes de son et d’image produisent un bel effet, quand par exemple les mouvements ralentissent pour Tchaïkovski, à la fois ceux des danseurs et des images projetées, puis repartent sur une musique bien plus moderne, légèrement jazzy. Egalement lorsque l’ensemble des danseurs défile sur des lignes orthogonales, pour finir en deux lignes face au public, ou bien encore la musique techno qui illustre efficacement la boîte de nuit.

Ces vidéos, pour la majorité projetées en fond de plateau mais certaines aussi sur un tulle en avant-scène, sont animées en général d’un petit mouvement, donnant encore davantage une impression d’immersion du spectateur dans le spectacle. Ce sont des images de synthèse en noir et blanc, tout comme l’ensemble de la représentation en noir et blanc, à l’exception des robes colorées des danseuses pour une séquence. Défilent à l’écran les gratte-ciel, comme mentionnés, mais aussi une imposante paroi minérale, des ciels nuageux, une partie sous-marine, un arbre, etc. Pour la partie finale, les films sont projetés sur un bandeau supérieur qui prend les trois côtés du plateau, tandis que la compagnie danse en-dessous, ou s’assoit sur des chaises, dans une scénographie noire et le plus souvent faiblement éclairée par les lumières d’Éric Soyer.
Les chorégraphies sont très variées, par grands ensembles ou petits groupes, souvent de quatre ou en duos. Le Ballet fait impression quand il danse dans sa configuration la plus étendue, les 26 participants utilisant à plein le très ample espace du plateau du GTP, salle d’ailleurs idéalement destinée aux spectacles de danse, donnant une visibilité d’un extrême confort au public. La chorégraphie fait parfois un clin d’œil au Lac des cygnes classique, femmes en cygnes blancs ou encore le cygne noir dominé par Rothbart.

La conclusion est là encore un mixte de classique et de moderne, avec le choix de la fin triste où le prince Siegfried ne parvient pas à sauver Odette de la mort. Mais c’est aussi le grand arbre, en plein écran, qui laisse la place, au fur et à mesure, au complexe industriel qui pousse inexorablement. Une forme de message sur la victoire des usines sur la nature, celle-là bien aidée par la cupidité humaine. Immense succès au rideau final, de la part d’une salle archipleine, tout comme pour les quatre autres dates programmées, par un public de tous âges, dont de nombreux enfants et adolescents.
I.F./ F.J. © Jean-Claude Carbonne (1 & 2), I.F. (3)
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