Jodyline Gallavardin et sa « Nuit Blanche » : une émotion profonde

Jeudi 8 janvier 2026, 19h30, 1h10. La Scala-Provence, salle 200, Avignon
Jodyline Gallavardin, piano
Sergeï Liapounov (1859–1924), Rêverie du soir. Pēteris Vasks (né en 1946), Vasaras vakara mūzika (Music for a summer evening). Arthur Lourié (1891–1966), Lullaby ; Cinq Préludes fragiles (Lento ; Calme, pas vite ; Tendre, pensif ; Affabile ; Modéré). Alexandre Scriabine (1872–1915), Sonate pour piano n°2 (sol dièse mineur), « Sonate-Fantaisie » (Andante ; Presto). Déodat de Séverac (1872–1921), Les Naïades et le Faune indiscret (Danse nocturne). Sergeï Liapounov (1859–1924), Nocturne (ré bémol majeur). Arthur Lourié (1891–1966), A Phoenix Park Nocturne. Alexandre Scriabine (1872–1915), Fantaisie (si mineur)
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Nous avions été conquis par la sortie de son premier CD sous label Scala en novembre 2024 (voir notre compte rendu). Ce 8 janvier 2026, Jodyline Gallavardin a réuni son public pour un concert à La Scala, devenue une institution dans l’intra-muros d’Avignon ; les concerts classiques y sont – bien – accueillis dans la « petite » salle 200.
La jeune pianiste a effectué son second enregistrement en novembre dernier. Toujours sous le label Scala ; le concert donné hier au soir intitulé « Nuit Blanche » prolonge son premier enregistrement « Lost Paradises » très bien accueilli par la critique. Nous avons retrouvé les compositeurs fétiches de Jodyline, comme Arthur Lourié (1892-1866), Sergueï Lyapounov (1859-1924), Déodat de Séverac (1872-1921), des compositeurs peu ou pas connus du public et Alexandre Scriabine (1872-1915).
Tous ces compositeurs ont fait la jonction entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle, souvent avec les mêmes influences culturelles puisque Lourié, Lyapounov et Scriabine sont russes et ont fréquenté les mêmes conservatoires (avec quelques années de décalage) ; en revanche, Déodat de Séverac est français, mais lui aussi à la jonction des deux siècles. La musique de ce dernier est impressionniste, ses Naïades et le faune indiscret programmés ce soir rappellent Claude Debussy par les arabesques, l’atmosphère est empreinte de légèreté. Nous gardons d’ailleurs un souvenir ému de ce compositeur avec La prière des Muletiers devant le Christ de Llivia, interprétée justement par Jodyline Gallavardin en août 2024 à La Roque d’Anthéron !
Une place à part a été donnée à Pēteris Vasks né en 1946. Il s’agit d’un compositeur contemporain letton dont la musique est profondément liée à la spiritualité, voire au mysticisme, comme la musique de Scriabine. La pièce de Vasks jouée ici par la pianiste est contemplative, d’un tempo lent, elle incite à l’introspection. Elle évoque une atmosphère suspendue dans le temps avec des notes graves en écho à une douce mélodie qui s’inscrit parfaitement dans l’histoire offerte au public.

Les pièces de Scriabine données au milieu et à la fin du concert, ont assuré la transition de la soirée, concluant cette Nuit Blanche dans la même tonalité que le premier morceau de Lyapounov.
Ce programme est à la charnière du siècle par son écriture, au moment où les compositions pianistiques explorent les frontières entre poésie, mysticisme et modernité, annonçant des compositeurs minimalistes comme Arvo Pärt par exemple. Cette douceur sensuelle n’est pas exempte de difficultés techniques, au contraire : l’artiste, en affirmant son style, a montré un usage opportun de la pédale, tout en occupant très largement le clavier qu’elle a su faire sonner ou simplement respirer, donnant aux œuvres un élan mystique, une vision hallucinée ou au contraire une respiration contemplative et même spirituelle. Remarquable de précision dans la dynamique, elle tient en haleine par sa digitalité foudroyante, et elle émeut profondément, par une musicalité très expressive.
La jeune pianiste a pris l’heureuse initiative de commenter son programme au public, créant une complicité avec la salle. Nul doute que ce disque va faire l’unanimité de la critique pour sa beauté, sa douceur, ses performances pianistiques et la grande cohérence de sa programmation.
Un bis signé Jean Sibelius, Le Sapin op. 75, une valse nostalgique tout en douceur, a ponctué cette très belle soirée empreinte de rêverie.
D.B. Photos M.A.
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