A Toulon, les marionnettes chez le Barbier de Séville

Mercredi 4 mars & vendredi 6 mars 2026, 20h ; dimanche 8 mars 2026, 14h30. Théâtre Le Liberté, Toulon. Programmation de l’Opéra de Toulon (site officiel)
Il barbiere di Siviglia, opera buffa de Gioachino Rossini
Direction musicale, Hélio Vida. Mise en scène, Nikolaus Habjan. Réalisation de la mise en scène, Philomena Grütter. Décors, Jakob Brossmann. Costumes, Denise Heschl. Assistant aux costumes, Bernhard Stegbauer. Lumières, Vassilios Chassapakis. Réalisation des lumières, Paul Grilj. Marionnettes, Manuela Linshalm. Dramaturgie, Meret Kündig
Le comte Almaviva, Ronan Caillet. Figaro, Josef Jeongmeen Ahn. Rosina, Juliette Mey. Bartolo, Diego Savini. Basilio, Antoine Foulon. Berta, Inna Fedorii. Fiorello, Giacomo Nanni.
Marionnettistes : Emil Kohlmayr, Max Konrad, Julien Pastorello
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon
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C’est un Barbiere di Siviglia particulièrement original qu’accueille le théâtre Le Liberté, dans le cadre de la saison lyrique de l’Opéra de Toulon. Le spectacle de Nikolaus Habjan, créé en 2024 au Theater Basel et repris à Toulon par Philomena Grütter, met en scène des marionnettes, une par protagoniste et qui assure l’essentiel du jeu théâtral. Ces poupées grandeur nature ont des traits plutôt grotesques, avec une large bouche qui fend à peu près en deux le visage, et dont l’ouverture démesurée nous rappelle celles du célèbre Muppet Show. Le chanteur manipule lui-même sa poupée géante, ou se fait aider par moments par un marionnettiste, le regard du spectateur se concentrant rapidement sur les expressions corporelles et les mimiques de la marionnette.

Ce procédé permet, plus que d’ordinaire, de traduire par le geste les sentiments exprimés par le chant, souvent de les amplifier dans une veine comique, entre humour potache et idées bien trouvées. Pour ces dernières, on avoue par exemple sourire sans retenue lorsque Figaro énonce « Son rimasti senza fiato ! » au premier degré, après que – les marionnettes de – Rosina et Almaviva ont échangé un très long baiser à pleine bouche et reprennent ensuite leur souffle ! Tandis que l’ensemble orchestral prend place sur la partie gauche de la scène, les décors de Jakob Brossmann consistent principalement en une structure circulaire à escalier à double révolution, qui se met régulièrement en lent mouvement de rotation. L’espace disponible est ainsi réduit sur le plateau et c’est par la salle qu’entrent plusieurs fois les choristes, comme les soldats en fin de premier acte, qui se mettent pour le finale à marcher dans le sens inverse de giration de la structure, figurant la maison de Bartolo.

La distribution vocale est de bon niveau, en particulier pour ce qui concerne les trois rôles principaux. Josef Jeongmeen Ahn est un Figaro sonore, en particulier dans la moitié supérieure du registre, comme le prouve son air d’entrée « Largo al factotum ». Le ténor Ronan Caillet en Comte Almaviva ose certains suraigus stratosphériques, soignant par ailleurs une ligne vocale plutôt élégante. Mais nous sommes davantage ce soir dans une représentation théâtrale, et son grand air du II « Cessa di più resistere », prouesse purement vocale, passe à la trappe… dommage ! La Rosina de Juliette Mey nous fait encore plus forte impression, timbre très agréable sur toute l’étendue et agilité qui paraît à toute épreuve. On admire aussi le beau résultat obtenu dans la manipulation de sa poupée, la chanteuse interagissant parfois avec celle-ci, dans une sorte de dialogue. Complètent les voix graves de Diego Savini, Bartolo au chant sillabato assuré, Antoine Foulon en un sombre Basilio avec sa marionnette affreuse qui fait peur comme un zombie. Sans oublier Giacomo Nanni, baryton bien timbré en Fiorello, ni Inna Fedorii en Berta, qui conserve ce soir son air « Il vecchiotto cerca moglie ».

Placés sous la direction alerte du chef Hélio Vida, les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra de Toulon sont au nombre de treize : cinq cordes, un instrumentiste pour chacun des quatre pupitres de bois, deux cors et deux percussionnistes. S’ajoutent à ces instruments le pianoforte tenu par le chef pour les récitatifs, ainsi que la guitare, sollicitée pour les airs d’Almaviva au premier acte. Le rendu orchestral n’est pas toujours très homogène, avec quelques séquences qui sonnent étrangement ou de manière trop mince et nous font penser à une réduction un peu pauvre de la partition rossinienne. Mais on apprécie globalement le résultat, celui d’un Barbiere pas trop dénaturé musicalement et par ailleurs sans coupures importantes.
F.J. © Aurélien Kirchner
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