On peut préférer Verdi, mais la salle a aimé…

Samedi 17 janvier 2026, 16h, durée 1h10 ; dimanche 18 janvier, 16h. Opéra Grand Avignon
Falstaff, les joyeux joujoux de Windsor, d’après Verdi
Arrangement dramaturgique, Andrea Piazza. Arrangement musical, Massimo Fiocchi Malaspina. Traduction, Renaud Boutin. Editions musicales, AsLiCo.
Direction musicale, Frédéric Rouillon. Mise en scène, Andrea Piazza. Scénographie, Alice Vanini. Costumes, Rosario Martone. Lumières, Gianni Bertoli. Assistante à la mise en scène, Isotta Tomassini. Etudes musicales, Ayaka Niwano.
Sir John Falstaff, Nicolas Rigas. Ford, Samuel Namotte. Fenton, Blaise Rantoanina. Dr. Caius, Julien Desplantes. Mrs Alice Ford, Charlotte Bonnet. Nannetta, Raphaële Andrieu. Mrs Quickly, Marie Gautrot. Mrs Meg Page, Clélia Moreau. Bardolfo, Jasmine Monti. Pistola, Carlo Merico
Orchestre National Avignon-Provence
Une coproduction de l’Opéra Grand Avignon et le Teatro Sociale di Como-AsLiCo.
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Frédéric Roels a été le promoteur des opéras participatifs à l’opéra de Rouen qu’il a dirigé de 2009 à 2017. Il en a apporté l’idée dans ses bagages, et propose une production de ce type chaque année dans la Cité des Papes.
Après Turandot, énigmes au musée il y a tout juste un an, jour pour jour, nous avons vu ce week-end Falstaff et les joyeux joujoux de Windsor, Windsor devenant alors le nom d’un jeune garçon.
A l’instar de la pièce Le Cid pète un câble (!) que Caroline Vigneaux met en scène en ce moment même à Paris, au théâtre des Mathurins, c’est une adaptation décalée, affirmée et assumée. En l’occurrence un Falstaff abrégé, détourné, francisé. De la haute voltige ! Le principe est louable : désacraliser les classiques intimidants, et sensibiliser les jeunes à un patrimoine qui leur est de plus en plus étranger.
En cela, la coproduction vue ce week-end atteint son but. La salle avait considérablement rajeuni, avec même des bambins tout petits, et elle s’est bien amusée.
Il faut dire que cette avant-dernière création de Verdi – avant Le roi Lear conclusif -, annoncée « comédie lyrique », est elle-même une bouffonnerie, doublement inspirée de Shakespeare – Les joyeuses commères de Windsor et Henri IV -. Et son ressort – un lourdaud bouffi de suffisance, berné par deux femmes qu’il courtise simultanément – relève d’une « vis comica » à peu près universelle.

Ajoutons l’abattage habituel de Raphaëlle Andrieu (Nanetta), le joli soprano de Charlotte Bonnet (Alice Ford), la conviction de Clelia Moreau (Meg Page), l’expressivité de Samuel Namotte (Ford) qui incarnait le ministre Ping dans le Turandot participatif de 2025 ; mais aussi la présence clownesque de Jasmine Monti et Carlo Merico (Bardolfo et Pistola) ainsi que Marie Gautrot aux généreuses tresses écarlate (Mrs Quickly), l’autorité bouffonne de Julien Desplantes, artiste du choeur maison (Dr Caius)… et l’on obtient un spectacle coloré, mené tambour battant. Aussi soigné que le programme de salle, un double A4 en papier glacé, présentant distribution, argument, trombinoscope en croquis, et textes des chants.
Car le public est invité à chanter. Les enfants de la Maîtrise, que dirige désormais Christophe Talmont successeur de Florence Goyon-Pogemberg, installés au premier balcon, donnent le signal en se levant, projecteurs braqués sur eux, et certains affichent une aisance consommée en chant-signe. Quant aux adultes qui ont fait l’effort de venir une heure plus tôt, ils chantent aussi à pleine voix, avec une allégresse évidente.
La mise en scène d’Andrea Piazza est elle-même participative : elle brise le quatrième mur, en promenant Falstaff dans la salle, en installant brièvement des porte-flambeaux dans les loges, mais sans excès caricatural. Les lumières de Gianni Betoli sont joliment travaillées, et les costumes bariolés de Rosario Martone ne comptent pas pour rien dans le joyeux désordre ambiant.
La transposition de l’action dans une chambre d’enfant, avec ses couleurs sucrées, qui nous a d’abord semblé gratuite, peut se justifier à plusieurs titres ; tout en permettant la savoureuse allitération des « joyeux joujoux », elle transforme Falstaff en vieux robot cassé, et ses Dulcinées en poupées Barbie, et débarrasse ainsi la situation #MeToo de tout contexte nauséabond.

La baguette de Frédéric Rouillon communique son enthousiasme à l’Orchestre National Avignon-Provence modifié – renforcé en harpe, saxo baryton…, mais privé de quelques cordes – … et jusqu’à se laisser parfois déborder !
Cette production a insufflé en ce dimanche pluvieux une allégresse pleinement « participative », et en cela elle a rempli sa mission. Et si elle incite petits et grands à voir un jour le Falstaff verdien, alors elle aura doublement gagné son pari.
G.ad. Photos Studio Delestrade/ Avignon ; programme de salle ; G.ad.
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