La curiosité intellectuelle se laisse séduire, l’oreille beaucoup moins…

Vendredi 16 janvier 2026, 20h, L’Autre Scène, Vedène (84). Saison 2025-2026 de l’Opéra Grand Avignon. Site officiel
« Fado em movimento »
Cristina Branco, chant. Bernardo Couto, guitare portugaise
L’ensemble Des Équilibres : Marie Orenga, violon ; Jean Sautereau, alto ; Guillaume Martigné, violoncelle.
Florentine Mulsant, Trio à cordes op. 112 (création septembre 2022). Fátima Fonte, avec Luis Neto da Costa, orchestration collaborative, « Voar » na diagonal (création septembre 2022) ; Tabacco (création septembre 2022). Anne Victorino d’Almeida, O Homem Mal-Educado (création octobre 2023) ; O Desempregado com Filhos (création octobre 2023).
Gonçalo M Tavares, textes commandés spécialement pour ce projet.
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Cette grosse co-production (une dizaine de structures participantes) créée dans le cadre de la saison France-Portugal 2022, a été accueillie clef en main par l’Opéra Grand Avignon, et jouée à l’Autre Scène de Vedène devant une salle nombreuse.
« On n’avait sans doute pas lu attentivement le programme », commentaient en sortant quelques spectateurs, désorientés… mais pas pour autant déçus. Ce n’était pas notre cas : en amont nous avions étudié un programme de presse plus détaillé que la petite feuille de salle A5 ; pour autant, nous avons partagé le même… désappointement ce soir.
Comme par d’autres musiques populaires, crétoise par exemple, nous nous laissons volontiers saisir par le fado. Sans doute notre cerveau reptilien, voire nos tripes ancestrales, se laissent-ils bousculer par cette mélancolie mémorielle, ces accents profonds et sombres venus du fond des siècles. Même si le fado portugais n’a guère que deux siècles d’existence.
C’est ainsi que nous nous sommes laissé emporter par les deux pièces introductives et par le morceau conclusif, dans le dépouillement du dialogue voix-guitare. Tout le reste, très largement majoritaire, s’est révélé expérimental, rugueux, interprété par le trio violon-alto-violoncelle, chanteuse et guitariste s’étant alors retirés. Les attaques à l’alto, les plaintes suraiguës du violon, les jeux de poussé d’archets, les dissonances, nous ont semblé plus intéressants intellectuellement que musicalement convaincants. Si Bartok, Dvorak ou Khatchatourian ont déjà largement emprunté à la tradition populaire pour en faire des créations « contemporaines », on a peine à comprendre la pertinence de cette même démarche dans le contexte de ce « fado em movimento ». Ce « fado em experimentação » me paraît tourner court, et se casser le nez dans une impasse non reproductible et inféconde.

Un incident technique, évidemment imprévu, a perturbé la soirée : le violon historique de Marie Orenga manquait de l’épaisseur nécessaire pour accueillir la pince d’accroche du micro – il n’y avait donc pas eu de répétition ? – ; il a fallu recourir à deux micros sur pied. Pendant que deux techniciens s’affairaient, les musiciens ont dû meubler, pour un public tout à fait bienveillant ; le violoncelliste a donné de bonne grâce quelques clés d’écoute, soulignant que le rapport entre le fado et les œuvres écrites pour ce projet – créé en 2022 – par trois compositrices, « vivantes », a-t-il précisé, et le poète Gonçalo M. Tavares, repose sur la noirceur du texte. Nous-même n’en avons pas pour autant identifié le chômeur, l’oiseau victime d’un chasseur, ou l’homme condamné à la guillotine, ou l’homme mal éduqué, dans les – longues – pièces qui ont suivi, d’autant que les pizzicati récurrents ou les suraigus titillant Larsen, ne sombraient guère dans la mélancolie d’un imaginaire collectif.
En résumé, une démarche intellectuelle qui suscite la curiosité mais une mise en œuvre contestable. Et une frustration de n’avoir entendu que quelques minutes de fado, dans une soirée de plus d’une heure et demie.
G.ad. Photos : DR ; G.ad.
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