« Cette histoire est une leçon sur le courage »

Carole Bouquet remonte sur les planches. Avec Le Professeur, elle retrace les derniers jours ayant précédé l’assassinat de Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie décapité le 16 octobre 2020 par un terroriste, à la sortie du collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Après la Scala-Paris, c’est la Scala-Provencen à Avignon, qui accueille l’actrice, le vendredi 6 mars 2026.
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-Après Bérénice, qui a inauguré la Scala Provence, vous retrouvez Muriel Mayette-Holtz (comédienne et metteure en scène, Muriel Mayette-Holtz, est la première femme à avoir dirigé la Comédie-Française, de 2006 à 2014, et l’Académie de Rome à la villa Médicis, de 2015 à 2018 ; aujourd’hui directrice du théâtre national de Nice, depuis 2019, et de la villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat depuis 2023, NDLR) et la Scala pour Le Professeur. Comment est né ce projet ?
-Sur une proposition de Muriel Mayette-Holtz. Elle voulait mettre en scène le texte d’Émilie Frèche, retraçant les derniers jours de Samuel Paty, depuis les premières alarmes jusqu’à son exécution. Plutôt qu’une pièce à plusieurs personnages, le monologue s’est imposé, sinon ça devenait indécent par rapport aux choses qui s’étaient passées, qui mettent en cause des personnes encore en fonction, et très actuelles avec le procès en appel, en cours jusqu’au 27 février (2026, NDLR). Il fallait essayer de montrer que le courage parfois, ce ne sont pas de grandes déclarations, mais de petits gestes.
-Quel regard portez-vous sur ce drame terrible qui a marqué les esprits ?
–Tout le monde d’un coup a peur en même temps et en quelques jours, la peur de chacun, accumulée, et une suite de petits renoncements et de petites bassesses conduisent à un drame terrible. Cette histoire est une leçon sur le courage. Inutile de surréagir. Il faut prendre le temps de prendre du recul. Ici, de petits courages auraient pu sauver la vie de quelqu’un. Personne ne voulait ça. Pas même les parents de la jeune fille à l’origine des accusations, alors qu’elle était absente. Pourquoi cet emballement de la peur sur un laps de temps si court (8 jours) ? Samuel Paty se retrouve seul pour rien. Devant le mensonge d’une gamine. Seule sa fiancée répète « je ne comprends pas ». L’affaire aurait dû se régler en interne, mais il y a une perte du sens commun.
-Sur scène, vous ne jouez pas. Vous lisez le texte d’Émilie Frèche…
-Je joue un peu mais sans le surjouer. J’esquisse les personnages, le principal, les professeurs, sans condamner, pour que le public comprenne les enjeux. Les gens dans la salle ont envie de dire non. Ils veulent que ça s’arrête… Le théâtre permet cette communion. Il montre que l’on est capable du pire comme du meilleur.
-On vous sent très émue à la lecture…
-Parce que c’est réel. Comment en est-on arrivé là alors que l’on sent tellement que ça aurait pu se passer autrement ? Aujourd’hui, il y a une violence urbaine de plus en plus grave. Parce que les gens se sentent un peu perdus… J’ai 68 ans. Je n’ai pas grandi avec ça. Mais dans cette insouciance des Trente Glorieuses, grâce aux héros de la Deuxième Guerre mondiale qui ne voulaient plus jamais revivre la guerre. S’ils revenaient, ils se diraient « pourquoi on a fait ça ? ». Ils étaient persuadés que la démocratie gagnerait la terre entière. Et là, c’est marche arrière toute… J’ai l’impression que l’homme a besoin de cette violence, qui revient toujours…
-La pièce a déjà été créée récemment à la Scala-Paris. Quelles sont les réactions du public ?
-Les gens sont très émus, très touchés. C’est bon signe. On voit que l’âme humaine est bonne. Tout ce qui peut être positif, joyeux et fait du bien est bon à prendre.
-Plutôt à la télévision et au cinéma (où sont vos prochains projets), quelle place accordez-vous au théâtre ?
-Jeune, j’avais peur de la scène. Mais depuis une trentaine d’années, je suis très bien au théâtre. Entre deux représentations, j’ai tourné au tribunal de Tours pour Netflix, L’Avocat, un thriller de Tristan Séguéla, avec Laurent Lafitte. En 2026, je serai au cinéma avec Fabrice Luchini, dans Demain, je tombe amoureux, de Martin Provost.
Propos recueillis par M-F.A. Photo Carole Riccardo-Tinelli
Vendredi 6 mars, à 20 heures, à La Scala Provence, 3 rue Pourquery-de-Boisserin, Avignon. Durée : 1 h 05. Tarifs de 23 € à 35 €. Réservations au 04.65.00.00.90 ou sur le site : lascala-provence.fr.
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