Pétillant comme un bon Champagne !

Zénith de Toulon, mercredi 31 décembre 2025
Don Pasquale, opéra de Gaetano Donizetti, au Zénith de Toulon (31 décembre 2025)
Direction musicale, Sora Elisabeth Lee. Mise en scène, Tim Sheader. Réalisation de la mise en scène, Louise Brun. Décors, Leslie Travers. Costumes, Jean-Jacques Delmotte. Lumières, Howard Hudson. Chorégraphie, Steve Elias. Reprise de la chorégraphie, Sophia Priolo
Don Pasquale, David Bižić. Norina, Lauranne Oliva. Docteur Malatesta, Armando Noguera. Ernesto, Jonah Hoskins
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon
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Créé à l’Opéra national de Lorraine fin 2023, le spectacle réglé par Tim Sheader est depuis lors passé par l’Opéra de Lausanne et il fera étape en mars prochain à l’Opéra de Nice-Côte d’Azur. Pour l’heure, c’est au Zénith de Toulon que la production est montée pour deux soirées, Louise Brun se chargeant de cette reprise.

Nous sommes bien dans la tradition buffa de l’opéra de Donizetti, avec toutefois quelques originalités, voire de petites propositions décalées. La maison de Don Pasquale est figurée par un grand cube posé sur le plateau, où l’on peut lire sur deux des trois faces extérieures « PASQ » et « UALE ». Des hommes et femmes de ménage astiquent les surfaces, et dans le groupe Norina tient le balai et arbore sur sa blouse un badge « PASQUALE ltd ». Le plateau tournant permet de passer rapidement dans la maison, un intérieur brillant et kitsch où Don Pasquale règne en patron et fait de la gymnastique avec son coach personnel. Ernesto, l’amoureux de Norina dans le livret original, débarque en scène sur une trottinette, casque sur les oreilles, guitare dans le dos et sucette en bouche. Norina est bien la jeune fille qui feint d’abord la timidité pour séduire et épouser Don Pasquale, puis devient subitement tyrannique envers son nouvel époux et dilapide sa fortune, dans le but de le faire craquer et pouvoir épouser Ernesto. Mais une saynète à la fin du premier acte prend une direction inhabituelle, quand Malatesta et Norina s’isolent dans un renfoncement, sorte de mini-garage, pour copuler. Les mots d’Ernesto au début du deuxième acte qui enchaîne – « Povero Ernesto… Cercherò lontana terra » – prennent alors une couleur particulière. Difficile dans ces conditions d’attendre le traditionnel happy end final, où Norina et Ernesto peuvent enfin accéder au mariage tant attendu. Ce soir, Norina remet la sucette dans la bouche d’Ernesto et refuse la bague offerte, tandis qu’elle prend, des mains de Don Pasquale, le jeu de clés et l’attaché-case, pour, selon toute vraisemblance, prendre la suite de la direction du business.

La distribution vocale est excellente, en particulier le couple de jeunes gens, d’une jeunesse d’ailleurs tout à fait en situation : la Norina de Lauranne Oliva (25 ans), que Musique Baroque en Avignon avait invitée la saison dernière, et l’Ernesto de Jonah Hoskins (29 ans). Défendant le rôle-titre de La Calisto au Festival d’Aix-en-Provence en juillet dernier, la soprano franco-catalane connaît un début de carrière assez fulgurant, bien mérité au regard de ses qualités : timbre somptueux qui développe une grande douceur dans les cavatines, musicalité hors pair, aigus faciles et une agilité très précise qui lui permet de passer avec brio les passages rapides. Le ténor américain Jonah Hoskins est pour nous une splendide découverte, une voix saine et pleine, musicale, agile également, et projetée avec ampleur, même lorsque la mise en scène le met en position allongée au sol. Deux jeunes artistes d’ores et déjà en pleine possession de leurs moyens… et à suivre évidemment !

David Bižić tient le rôle-titre de Don Pasquale avec son instrument solidement timbré de baryton-basse, quoique inégalement homogène de son à l’entame de la soirée, peut-être un problème de réglage de micros pour cette représentation sonorisée dans le vaste espace du Zénith de Toulon. Le personnage reste assez truculent en scène et son chant sillabato est bien au point, tout comme celui de son compère Armando Noguera en Malatesta, le point culminant de cet exercice étant leur duo Cheti, cheti, où les paroles sont débitées à la vitesse d’un TGV ! D’une couleur davantage méditerranéenne, le baryton argentin – bien connu dans la région – soigne sa ligne de chant, ainsi que son maintien, en se redonnant régulièrement un coup de peigne dans les cheveux.

Surtout sollicités au troisième acte, les chœurs de l’Opéra de Toulon se mettent au niveau de cette belle distribution, malgré de légers et brefs décalages entre pupitres, sans doute dus à la chorégraphie qu’ils doivent assurer en même temps que le chant. Ils paraissent alors habillés en lutins rose dans une maison transformée en cette couleur, suivant la volonté de Norina. La jeune femme a fait modifier la décoration, un grand sapin trônant au centre avec un « N » au faîte, pour Norina …. mais cela fonctionne aussi pour Noël en cette période de fêtes ! Avant le second tableau du dernier acte, pour la sérénade Com’è gentil d’Ernesto, deux bonhommes de neige géants de couleur rouge, sont gonflés à vue, ménageant une courte pause dans la musique.
Sora Elisabeth Lee maintient une direction musicale vive et énergique, sans doute un peu bruyante pour les premières mesures. Mais les différents soli qui enchaînent, entre violoncelle, flûte, puis l’ensemble des cordes, nous ramènent à un volume raisonnable. A signaler aussi la trompette solo sans faille qui introduit l’air d’Ernesto « Povero Ernesto… Cercherò lontana terra ». Une belle réalisation au bilan, que reprendra l’Opéra de Nice du 11 au 17 mars prochain, avec une distribution vocale totalement différente pour les quatre rôles.
I.F. © Aurélien Kirchner
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