Béatrice Uria-Monzon, 61 ans, a rejoint les étoiles des scènes éternelles. Artiste talentueuse, mezzo-soprano puis soprano, elle était aussi une actrice élégante et passionnée, et une grande dame. Nous l’avions interviewée plusieurs fois, et, il y a tout juste un an, elle acceptait de se rendre disponible pour un entretien téléphonique proche. Le 26 juillet 2024 en effet, elle échangeait, de bonne grâce comme toujours, avec tous ceux qui étaient venus fêter au théâtre des Terrasses de Gordes les Olympiades de l’opéra et les 50 ans d’opéra de Raymond Duffaut, l’homme qui a lancé (presque) toutes les grandes voix d’hier et d’aujourd’hui ; marraine de la soirée, elle avait été ovationnée, alors que chacun autour d’elle ne se faisait beaucoup d’illusions… Deux ans plus tôt, en septembre 2022, avec la même chaleureuse simplicité, elle était présidente du jury du Concours de la mélodie de Gordes.
Et le premier hommage qui nous soit parvenu, écrit spontanément et d’une traite, et offert par son auteur, est celui de Raymond Duffaut.
« Hommage à Béatrice Uria Monzon,
À toi, Très Chère Béatrice,
Comment aurais-je pu imaginer le 26 juillet 2024, à Gordes, où tu avais accepté d’être la marraine de mes «50 ans d’opéra », qu’un après, presque jour pour jour, tu ne serais plus avec nous.
Comment imaginer en effet que tu ne pourrais vaincre cette p… de maladie, connaissant la combattante, la guerrière, oserais-je dire, que tu as toujours été !
Voilà 40 ans que j’ai eu le plaisir de te rencontrer au CNIPAL de Marseille, dont tu étais la pensionnaire la plus prometteuse et emblématique, ce qui t’a amenée à faire en 1986 tes premiers pas sur la scène d’Orange dans la «Donna » de Lady Macbeth, cette scène qui devient l’un de tes lieux fétiches : tu auras été et le restera pour toujours La Carmen des Chorégies, ce rôle que tu auras chanté sur les plus grandes scènes internationales qui furent aussi ta terre d’élection.
Jusqu’à cette Tosca, en mai 2012, à laquelle nous n’étions que deux à croire, et qu’après Avignon tu auras chanté à Milan, Paris ou encore Londres…
Tous ces rôles, de mezzo, puis plus récemment de soprano, tu auras su les marquer de ton incroyable personnalité vocale et de cette puissante incarnation dramatique dont tu as su marquer tes personnages.
Mais, au-delà de cette inestimable rencontre artistique qui aura été la mienne, mais je souhaiterais surtout conserver de toi cette affection, que rien n’aurait su effacer et qui nous liait depuis ces quatre décennies, qui m’était tellement précieuse, et qui nous plonge aujourd’hui, Nadine (avec qui tu avais également des liens forts) et moi dans une profonde affliction. Sans oublier de remercier Jérôme, qui a su merveilleusement t’accompagner, et ta fille Cassiana, dont on sait qu’elle était si chère à ton cœur !
Et je te fais, Chère Béatrice, une proposition : celle de nous retrouver… un jour… afin que tu me chantes cette Floria Tosca… les yeux dans les yeux…
Sois désormais en paix,
Ton ami de toujours : Raymond (Duffaut). »
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages pleuvent : sur leurs sites, sur les réseaux sociaux, ses partenaires et/ou amis – Roberto Alagna, Marie-Ange Todorovitch -, ses très proches amies Karine Deshayes – qui chantait le soir même à Glanum et qu’elle était allée entendre en début de saison à Marseille dans Norma – et Delphine Haidan, les structures et leurs responsables – Chorégies d’Orange et Jean-Louis Grinda, opéra de Marseille et Maurice Xiberras, Capitole de Toulouse, Opéra de Paris, Opéra Grand Avignon…
France-Télévsions prévoit une soirée-hommage, mardi 22 juillet, avec la rediffusion de la Carmen d’anthologie filmée aux Chorégies.
G.ad. Photos G.ad
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