Au Palais Neptune de Toulon, le Vaisseau fantôme accoste à bon port

Mardi 17 février 2026, Toulon, Palais Neptune
Der fliegende Holländer, opéra de Richard Wagner
Victorien Vanoosten, direction musicale
Anton Keremidtchiev, Le Hollandais. Dorothea Herbert, Senta. Brenden Gunnell, Erik. Tobias Schabel, Daland. Ahlima Mhamdi, Mary. Matthieu Justine, Le Timonier
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon
Chœur de l’Opéra national Montpellier Occitanie
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L’opéra wagnérien se faisait très rare jusqu’à présent à l’Opéra de Toulon. Il faut en effet remonter à 2012 dans nos souvenirs pour se remémorer le dernier ouvrage intégral joué, soit Lohengrin, sous la baguette de Giuliano Carella, alors directeur musical de la maison. Après le concert en janvier 2025 « Les grandes pages : l’opéra allemand », où Wagner se taillait la part du lion, Der fliegende Holländer marque peut-être un retour durable du compositeur en terres toulonnaises… du moins peut-on l’espérer ! L’opéra wagnérien nécessite d’ordinaire des moyens significatifs et c’est en représentations de concert sur deux soirées qu’est donné ce Vaisseau fantôme, dans l’auditorium du Palais Neptune, pendant que les travaux de rénovation se poursuivent au théâtre historique en centre-ville.
Placé sous la conduite de son actuel directeur musical Victorien Vanoosten, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon fait très bonne figure. Ceci dès l’Ouverture de l’ouvrage, où l’ensemble des pupitres de cordes assure la solide architecture de la phalange, et où les bois se montrent expressifs pour dérouler leurs solos, en particulier la flûte, le hautbois, le cor anglais. Les cuivres également font preuve de solidité et donnent un grand souffle à l’ensemble. L’impression de calme qui succède à une mer agitée dans la tempête est très bien rendue, la qualité instrumentale ne se démentant pas par la suite, même si l’on détecte de petits soupçons de décalage dans de très rares départs plus tard.

Le Chœur de l’Opéra de Toulon est renforcé pour l’occasion par celui de l’Opéra national Montpellier Occitanie, assurant ainsi une masse chorale significative qui est placée en fond de plateau, dans un équilibre acoustique confortable avec l’orchestre. On est toutefois davantage enthousiasmé par la partie masculine, qui dégage un son homogène et fait preuve de précision rythmique, alors que certaines voix féminines s’échappent du collectif, rendant cet ensemble moins séduisant.
Les trois rôles principaux du Hollandais, de Senta et de Daland sont défendus par des artistes rompus à ces emplois et qui chantent en conséquence sans partition, donnant ainsi encore plus d’intensité et de naturel à leurs interventions. C’est vrai pour Anton Keremidtchiev distribué dans le rôle-titre, qui nous semble un Hollandais d’un beau métier, visage particulièrement fermé et sombre timbre, tout comme le personnage. La projection est vigoureuse dans sa partie supérieure et le style un peu plus monolithique que dynamique, dès son inquiétant air d’entrée « Die Frist ist um ». Tobias Schabel impressionne aussi en Daland, instrument de basse profonde suffisamment puissant pour imposer son autorité. Donnant pour sa part un petit coup d’œil de temps à autre sur sa partition posée sur le pupitre, Brenden Gunnell est pour nous une superbe découverte en Erik, voix large de ténor typiquement wagnérien, à l’aigu concentré et brillant, l’interprète jouant par ailleurs avec justesse, entre sentiments de désespoir et de colère. L’autre ténor Matthieu Justine complète avantageusement en Timonier, timbre agréable, diction claire, médium confortable, mais extrême aigu qui a tendance à se resserrer légèrement.

Côté féminin, nous avions pour notre part déjà entendu la Senta de Dorothea Herbert, à l’Opéra de Karlsruhe (Badisches Staatstheater Karlsruhe) il y a tout juste trois ans. Son interprétation du soir est conforme à notre bon souvenir, soit une musicalité sans faille et une voix d’une égale qualité sur la tessiture, en particulier un registre grave agréablement exprimé. La puissance n’est pas excessive dans sa Ballade du deuxième acte, mais elle grandit par la suite, pour culminer au finale du troisième acte. Ahlima Mhamdi développe un riche timbre de mezzo, mais il n’est pas sûr que Mary soit son meilleur rôle, la diction de l’allemand nous paraissant perfectible.
Excellente exécution au bilan de ce très bel ouvrage, donné malheureusement avec une pause entre les deux premiers actes, avec une fin très artificielle et abrupte pour conclure le premier. Dommage, la géniale et naturelle transition musicale qu’on entend habituellement entre les deux actes – et deux ambiances très différentes entre le bateau et les fileuses de laine en intérieur par la suite – est jouée à l’entame du II, juste après l’entracte ; sans grande logique musicale donc…
F.J. & I.F. © Aurélien Kirchner
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