
Après le tsunami de la conférence de presse de novembre 2025, annonçant la programmation de l’édition 2026 des Chorégies d’Orange, nous avons interrogé Raymond Duffaut, qui dirigea pendant 35 ans ce Festival prestigieux.
Finances, programmation, rayonnement, perspectives : il nous a répondu sans esquive, sans jugement, ne s’appuyant que sur les faits et les chiffres : « Les chiffres sont têtus ! », aime répéter cet ancien comptable, qui fut aussi directeur administratif et directeur artistique de ce Festival.
Parlons rayonnement.
Voir tous les volets de notre entretien : finances, programmation, perspectives.
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-Tout le monde ne peut pas venir aux Chorégies, mais tout le monde peut en profiter sur le service public. Nous connaissons beaucoup de téléspectateurs qui n’auraient pour rien au monde manqué les retransmissions. Comment les perceviez-vous vous-même ?
-C’est une immense notoriété qu’apportaient ces retransmissions en direct, j’insiste, en direct, en tant que photographie essentielle d’un moment privilégié ; c’était d’abord sur TF1, puis sur FR2 et FR3, sur les deux productions lyriques de chaque été, avec des pics d’audience à 1.800.000 téléspectateurs, chiffre considérable pour le classique, sur des titres comme Carmen ou Traviata. Et, sur le plan financier, des opérations chaque fois excédentaires pour les Chorégies : ici aussi, les bilans comptables en font foi. Heureusement ont survécu les « Musiques en fête », créées pour fêter les 40 ans des nouvelles Chorégies, car la télévision n’est pas intéressée pour ses téléspectateurs par des versions concertantes dans un lieu comme Orange.
-Le rayonnement, c’est aussi la main tendue à d’autres publics. Il me semble me rappeler qu’il y avait foule aux répétitions générales…
-C’est la municipalité d’Alain Labé (maire P.S. d’Orange de 1989 à 1995, décédé le 25 avril 2024 à l’âge de 84 ans, NDLR), également président des Chorégies, qui avait demandé au C.A., et obtenu de celui-ci, l’organisation de générales publiques gratuites sur chacune des productions opératiques, dans le but de permettre aux Orangeois de ne pas être exclus du Festival , car leur présence, alors, ne représentaient que 6% du public ; elles devaient aussi sensibiliser à la musique et à l’opéra un public empêché ou éloigné. C’était une décision socialement forte… même si l’on pouvait constater ces soirs de générales, de trop nombreuses plaques minéralogiques très éloignées du 84 ou des invités venus du Vaucluse luberonnais ! Aujourd’hui ces générales n’existent plus, ou pratiquement plus, alors qu’elles représentaient pourtant un signe fort… sans concurrencer la fréquentation payante des spectacles.

-La presse se souvient aussi de votre légitime fierté lorsque vous aviez noué des partenariats largement internationaux, et que les Chorégies rayonnaient de Savonlinna au Nord à Baalbeck au Sud…
-Ces collaborations internationales portaient haut la renommée des Chorégies : deux Traviata au Festival de Baalbeck (2009) avec Ermonela Jaho (2009) et Vittorio Grigolo ; une Bohème (mise en scène par Nadine Duffaut, NDLR) au Festival de Bettedine au Liban (2012) ; une Tosca et un concert Yoncheva au Théâtre du Casino de Beyrouth, quatre ou cinq Otello (2015) au Festival de Savonlinna, repris l’année suivante, et à l’affiche du Bolchoï de Moscou dans la foulée ; trois Carmen à l’Opéra de Shangaï avec Michel Plasson et une préparation des chanteurs chinois de la distribution en France sous l’égide des Chorégies ; deux Bohème dans un nouveau festival créé à Séoul avec Gheorghiù, Grigolo et Chung… Et, sur un plan financier, une opération blanche au minimum, des excédents financiers la plupart du temps, comme les bilans des Chorégies en portent témoignage.
Le site 2026 des Chorégies rappelle ces années illustres.
Propos recueillis par G.ad. Photo Savonlinna Opera Festival
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