Au Théâtre du Jeu de Paume, Café Zimmermann invite Georg Philipp Telemann et Jean-Sébastien Bach. On se croirait tout à fait à Leipzig !

Mardi 10 février 2026, Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence
Ensemble Café Zimmermann
Georg Philipp Telemann : Concerto pour flûte, violon et violoncelle en la majeur ; Double concerto pour flûte à bec et traverso en mi mineur ; Concerto pour 4 violons sans basse. Jean-Sébastien Bach : Concerto pour violon en la mineur ; Concerto Brandebourgeois n°5 en ré majeur ; Concerto Brandebourgeois n°4 en sol majeur
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Créé en 1999 et en résidence au Théâtre du Jeu de Paume depuis 2011, l’ensemble Café Zimmermann a pris son nom du célèbre café ouvert à Leipzig par Gottfried Zimmermann au début du 18ème siècle. L’établissement accueillait chaque semaine des concerts du Collegium Musicum, dirigés par son fondateur Georg Philipp Telemann, puis à partir de 1729 par Jean-Sébastien Bach. Ce sont ces deux compositeurs que célèbre ce soir la formation baroque dans l’écrin intime du Théâtre du Jeu de Paume aixois. Ce concert est d’ailleurs le dernier des quatre donnés à l’occasion d’une tournée début février, depuis Saint-Gall en Suisse, puis Toulouse, avant Lyon la veille dans le très vaste Auditorium Maurice Ravel.
Le programme, qui alterne entre Telemann et Bach, démarre par le triple Concerto pour flûte, violon et violoncelle du premier. La formation se présente en effectif plutôt large ce soir, avec 12 instruments à cordes, la flûte de Karel Valter et le clavecin de Céline Frish, cette dernière étant la solide colonne vertébrale rythmique de l’ensemble. Il faut tout de même un petit temps de chauffe au premier violon de Pablo Valetti pour gagner en précision d’intonation, tandis que la flûte ne parvient pas toujours à surnager acoustiquement, très claire en revanche quand elle joue seule ou sur un léger tissu orchestral. La phalange n’en sonne pas moins de manière harmonieuse, dans des nuances dynamiques aux attaques bien franches.

Du même Telemann, le Double concerto pour flûte à bec et traverso un peu plus tard voit arriver le soliste supplémentaire Michael Form à la flûte à bec, instrument au timbre assez proche du traverso, celui-ci flûte traversière baroque. Les longues interventions en solo sont superbement assurées, les deux musiciens dialoguant souvent entre eux, répétant ou modulant la phrase musicale de l’autre, ou bien jouant aussi ensemble. L’accent davantage pastoral de la flûte à bec nous prépare, d’une certaine manière, au dernier mouvement en presto, dont l’accélération finale nous donne le sentiment d’entendre une farandole provençale. Après l’entracte, le plus court Concerto pour 4 violons sans basse rassemble quatre musiciens à la musicalité précise, aussi bien individuellement que collectivement.
Bach s’intercale, d’abord avec son Concerto pour violon en la mineur, où Pablo Valetti se montre plus séduisant dans les passages élégiaques que pour les séquences de pure virtuosité. C’est vrai en particulier dans le deuxième mouvement en andante où le soliste fait chanter son instrument, tandis qu’on apprécie à nouveau la belle homogénéité rythmique et la qualité du rendu de l’ensemble.

Des deux Concertos Brandebourgeois de Bach en seconde partie, c’est d’abord le n°5 en ré majeur qui impressionne, principalement un concerto soliste pour clavecin où Céline Frish se montre étincelante. Pour ce morceau, l’instrument est amené au plus près du public, couvercle soulevé pour projeter idéalement le son. Sollicitée quasiment de bout en bout, la claveciniste démontre sa virtuosité et la densité de son jeu, en particulier au cours d’une longue cadence, absolument passionnante. La musique qui accompagne est plus délicate, par un ensemble en plus petit effectif, dont cinq cordes, soit un musicien par pupitre.
On retourne à la configuration à quinze instrumentistes pour le Concerto Brandebourgeois n°4 en sol majeur, avec ses deux flûtes à bec et ses multiples départs en canon par petits groupes d’instruments. En bis, les artistes rejouent deux passages du programme, d’abord l’ultime Presto du Double concerto pour flûte à bec et traverso, puis un extrait du triple Concerto pour flûte, violon et violoncelle de Telemann.
I.F./ F.J. © I.F.
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