Turandot, Rizzi-Brignoli/ Roubaud, à Marseille (30-04-2019)

Décibels en titre…

x. Marseille. 76 ko   scan progr136   0.2.Affiche

Opéra en 3 actes

Livret de Giuseppe ADAMI et Renato SIMONI, d’après la fable de GOZZI

Création à Milan, La Scala, le 25 avril 1926

Direction musicale, Roberto RIZZI BRIGNOLI. Mise en scène, Charles ROUBAUD. Costumes, Katia DUFLOT. Décors, Dominique LEBOURGES. Lumières, Marc DELAMÉZIÈRE

Turandot, Ricarda MERBETH. Liu, Ludivine GOMBERT. Due fanciulle, Émilie BERNOU, Mélanie AUDEFROY

Calaf, Antonello PALOMBI. Timur, Jean TEITGEN. Ping, Armando NOGUERA. Pang, Loïc FÉLIX. Pong, Marc LARCHER. Altoum, Rodolphe BRIAND. Le Mandarin, Olivier GRAND. Le Prince de Perse, Wilfried TISSOT

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Maîtrise des Bouches-du-Rhône

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x.1.P1110792 photo Christian DRESSE 2019

Turandot était du grand, du très grand spectacle, aux accents épiques, dans l’édition 2012 des Chorégies d’Orange, les fastes du palais impérial chinois se déployant sur tout le grand mur de scène, et les compositions de foule s’emparant de tout l’espace scénique. A Marseille sept ans plus tard, Charles Roubaud a dû réduire la voilure, et a réussi le pari. La concentration contrainte sur la porte du palais – décor unique – souligne la menace permanente que font peser Turandot et ses sbires ; le nécessaire resserrement des masses (chœurs, serviteurs…) rend plus brutales encore les interventions du pouvoir, l’atmosphère plus oppressante et plus cruelles encore les brimades et supplices infligés sous les yeux mêmes du spectateur.

x.P1110750 photo Christian DRESSE 2019

Et quand apparaît Turandot, c’est toute la salle qui se fige ; le timbre glacial de Ricarda Merbeth n’avait pas besoin d’une diction inintelligible ni d’une projection à la limite de la saturation pour exprimer l’inhumanité du personnage, aux médiums par ailleurs bien faibles.

x.P1110374 photo Christian DRESSE 2019

Face à elle, le ténor Antonello Palombi (Calaf), ayant remplacé Rudy Park presque au pied levé, lui tient tête et voix – une voix dont le timbre s’assouplit et se colore au fil de la soirée -, composant ainsi un couple très crédible. C’est Antonello Palombi qui avait également remplacé Alagna sifflé pour la première fois en 2006 dans Aida à la Scala. Une relative performance donc. Néanmoins, atteindre le contre-ut mythique (et non écrit par Puccini !) dans le « Vincero » final du tube « Nessun dorma » ne suffit pas ; encore faut-il que la note dépasse la simple prouesse technique – applaudie par la salle – … que nous avons trouvée désincarnée et sans émotion ; las…

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Mais c’est par le reste de la distribution que cette production a brillé. Sous les lumières particulièrement inventives de Marc Delamézière, tous ont donné à leurs personnages une force réelle. Les trois ministres, Ping, Pang, Pong, ont insufflé un rythme, une dynamique, à leurs interventions, sachant négocier à la fois une fantaisie de bon aloi et le sérieux de leurs fonctions ; si la palme revient à l’irrésistible baryton Armando Noguera, les deux ténors Loïc Félix et Marc Larcher ont su moduler des inflexions spécifiques.

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La soprano Ludivine Gombert, récente Mimi à Avignon (notre entretien ici) a brillamment réussi sa prise de rôle ; muette et douloureuse au début, elle devient lumineuse dès que la partition donne plus de consistance à Liu, une Liu qui irradie jusque dans la mort acceptée par amour pour Calaf, et inonde de lumière l’ensemble de la production. Jean Teitgen,  basse profonde aux accents vibrants, offre à Timur, vieux roi déchu, père de Calaf, son aristocratique prestance dans la défaite et l’exil même.

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Il n’est pas jusqu’à Rodolphe Briand qui ait fait d’Altoum l’empereur père de Turandot, rôle immobile, une véritable présence.

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Et jusqu’à l’impeccable Maîtrise des Bouches-du-Rhône qui a fait une forte impression scénique et vocale. Sans oublier les choeurs, chargés d’exprimer les émotions les plus diverses.

Néanmoins l’éclatement de l’Orchestre dans les loges (harpe, percussions) a parfois nui à l’homogénéité de l’ensemble malgré la direction scrupuleuse de Roberto Rizzi-Brignoli ; les premières notes de la harpe ont même fait croire à un téléphone égaré… Mais cela n’a pas entamé la cohérence de l’ensemble d’une production marquée au sceau de la sombre grandeur d’un Puccini au seuil de la mort. (G.ad. Photos Christian Dresse)

 

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