Thomas Enhco à Avignon (17-03-2017)

Un jeune compositeur est né

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« Classique et jazz symphonique »

John Adams, « Eros piano »

W.A. Mozart, Concerto n°24 pour piano et orchestre en do mineur K. 491

Thomas Enhco, Premier concerto pour piano et orchestre, Commande de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn.

Direction, Samuel Jean. Piano, Thomas Enhco

Avec le concours du Tremplin Jazz Avignon

Co-réalisation Orchestre Régional Avignon-Provence / Opéra Grand Avignon

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Le public a brusquement rajeuni en ce vendredi soir à l’Opéra Grand Avignon. Sur scène, un pianiste pas encore trentenaire, grand et mince, tout intimidé. Chemise blanche, veste noire, jean noir. Et chaussures de sport immaculées ; certains s’en sont offusqués ; mais quel contraste juvénile avec les vernis uniformes !

Un jeune homme charmant, tout intimidé certes, mais transfiguré dès qu’il se met au clavier. Il faut dire que, si Thomas Enhco a déjà l’expérience de la scène, c’est avec ses copains jazzmen, à deux, trois ou quatre, mais jamais avec un orchestre de plus de quarante musiciens. Jamais, pas tout à fait. Ce soir, c’est sa troisième fois, après Paris en janvier avec l’Orchestre de chambre des Champs-Elysées, et Pau où il a créé son concerto.

C’est un accueil triomphal que lui réserve la salle d’Avignon. Pas seulement par l’enthousiasme irréfléchi de la jeunesse, mais parce que s’est révélé un véritable talent, d’interprète et de compositeur.

L’interprète passe avec la même aisance de John Adams – une œuvre qui a grosso modo son âge – à Mozart puis à des standards de jazz, ne boudant pas son plaisir dans les bis… Formé à la double école du classique – petit-fils de Jean-Claude Casadesus et fils d’une soprano -, et du jazz – beau-fils de Didier Lockwood -, Thomas Enhco nourrit mutuellement ses deux univers l’un de l’autre.

Dès la 1e partie de la soirée, se manifeste peu à peu son sens du rythme, qu’il suit et accompagne de tout son corps. Dans le 24e Concerto de Mozart, des applaudissements spontanés ont salué la belle attaque du piano et l’excellent solo (I), et le jeu de mains flirtait ensuite avec la virtuosité (III). L’orchestre, lui, a globalement accentué l’aspect beethovénien, malgré le mode mineur, tirant l’allegro et l’allegretto vers le forte. Néanmoins, on a pu applaudir particulièrement basson, clarinette et hautbois (I) et vents dans leur ensemble (II).

Quant à la 2nde partie du concert, elle a fait l’unanimité. Orchestre, chef (Samuel Jean) et soliste ont offert leur meilleur engagement d’interprétation, dans la sensibilité comme dans l’énergie. Le 1er concerto de Thomas Enhco est une vraie réussite. Lui qui compose presque malgré lui, d’un bout à l’autre de l’univers au hasard de ses voyages, qui s’est trouvé comme emporté dans la dynamique d’une création ambitieuse, a signé une œuvre forte, équilibrée, cohérente, avec des reliefs saisissants. Il a su donner la parole à chaque pupitre, tout en se réservant des solos mémorables. Peut-être seulement le 2e solo du 1er mouvement est-il d’un quart trop long pour conserver l’équilibre d’ensemble ?

Le 1er mouvement est une fête, avec des jeux de contrastes, de rythmes, de couleurs, un cadeau pour chaque instrument, dont il connaît tous les secrets. Bravo à l’attaque des violoncelles puis des contrebasses, au xylo, aux bassons – clin d’œil au loup de Prokofiev -, tuba, trompettes, pizzicati jazzy, caresse de l’alto. Le 2e mouvement, lui, fait la part belle aux cordes ; le piano y tisse un splendide duo avec le violon super solo (Cordelia Palm) puis l’alto solo (Fabrice Durand), avant une série d’accords violents, qui se prolongeront en un 3e mouvement plus « boulézien ».

Samuel Jean a été bien inspiré ce soir de 2015 où il est allé écouter un concert au Tremplin Jazz d’Avignon, en amateur de jazz et de musique américaine. Il y a découvert un jeune pianiste prometteur qui se nomme Thomas. (G.ad. Photos )

 

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