Mathias Vidal, haute-contre, 2019

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En une quinzaine d’années Mathias Vidal – diplômé du CNSMP en 2003 après une formation à Nice – a mené une carrière sans tapage médiatique mais solide et brillante, jalonnée de divers prix (lauréat du CFPL en 2003, Révélation classique de l’Adami en 2007, notamment). Il aborde tous les grands rôles du répertoire baroque en France et à l’étranger, ainsi que le lyrique léger et le bel canto, sans s’interdire les créations contemporaines.

Il se produit en concert avec de nombreux ensembles et orchestres (Les Talens Lyriques, Pulcinella, Amarillis, L’Arpeggiata, Le Palais Royal, Le Poème Harmonique, La Cappella Mediterranea, Les Ombres, Les Nouveaux Caractères…) et collabore fréquemment avec le Palazzetto Bru-Zane de Venise et le Centre de Musique Baroque de Versailles dont il est un chanteur en résidence.

Musique Baroque l’accueille avec Amarillis le 28 avril 2019. Simplicité et talent…

Logo CLENPR 21-06-17

-Mathias Vidal, parlez-nous du concert que vous allez donner sous peu à Avignon.

-C’est un concert Rameau, qui est lié à ce CD que nous avions fait il y a quelques années, de mémoire, oui, peut-être 2013 ou 2014.

-C’était à l’occasion de la célébration de la disparition de Rameau.

-Oui, ce devait être l’année Rameau.

-Un anniversaire qui, me semble-t-il, a été fêté avec la même discrétion que l’anniversaire Offenbach cette année même. Concernant le CD et le concert, comment avez-vous choisi les pièces du programme ?

-Nous avons deux cantates, Orphée et le Berger fidèle. Elles comportent à peu près tous les instruments de l’ensemble : hautbois, partie de dessus, viole, basse continue. La cantate d’Orphée est la plus belle, la plus théâtrale. Le Berger fidèle fait appel aussi à ces instruments. Les filles ont ajouté, je crois, des pièces pour clavecin. Tout a été choisi pour donner un CD riche en couleurs diverses.

-Je présume que vous avez donné ce programme en concert après la sortie du CD ?

-La dernière fois, de mémoire, c’était il y a un peu plus d’un an, en Russie, je crois.

-Vous ferez des répétitions pour vous remettre les œuvres dans la voix ?

-Oui, le jour du concert. Comme ce sont les mêmes interprètes, ce devrait être rapide. On recollera vite les morceaux. En fait on n’a pas réussi à se retrouver plus tôt. Nos agendas ne coïncident pas.

-On vous désigne soit comme ténor soit comme haute-contre. Comment faut-il désigner votre tessiture ?

-Je suis haute-contre. IL faut se rappeler qu’en musique française baroque la terminologie que l’on connaît habituellement n’existe pas. C’est le dessus qui désigne le soprano, le bas-dessus le mezzo-soprano, le haute-contre le ténor, et la taille le baryton. Chez Rameau, le haute-contre peut être un ténor plus aigu, ou un ténor ardu. Quand le public parle de haute-contre, il pense souvent à Clérambault, où il s’agit presque d’un alto, d’un falsetto, qui passe en voix de tête. Mais il peut y avoir des hautes-contre légers, ou dramatiques, ou lyriques.

-Comme pour le ténor.

-Oui. Chez Rameau, c’est plutôt un haute-contre central, hellénique. Parfois Rameau introduit un second haute-contre, qui est plus aigu. Moi je suis plutôt de la première catégorie, mais il m’est arrivé de chanter la seconde partie. Et c’est parfois le même interprète qui assure les deux parties, comme Dardanus et Romeo par exemple. Avant Lully ou Charpentier, c’était des voix plus légères.

-Pas de contre-ténor donc ?

-Le terme de contre-ténor n’existe pas en français, c’est un terme anglais, pour désigner la voix qui remplace les castrats.

-Pourtant des chanteurs comme Jaroussky ou Orlinski ne chantent pas (pas toujours pour Orlinski) de musique anglaise.

-Jaroussky chante, dans la musique italienne, les rôles qui étaient dévolus aux castrats.

-Vous-même n’aviez pas commencé dans le même répertoire ?

-Pas du tout. Il y a des hautes-contre légers, comme chez Charpentier ; des hautes-contre plus centraux, plus normaux, comme chez Lully ou Rameau.

-C’est votre cas…

-Oui, certes je fais des nuances dans les pianos, mais dans toute la musique française jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à un Don José par exemple, il y a des passages légers. C’est ainsi que toute la tradition du baroque se retrouve dans la musique romantique. La langue française, avec ses finales muettes, permet la mise en valeur des nuances dans les pianos et pianissimos. Pas besoin pour cela de passer en voix de tête ou en voix mixte, comme c’était le cas avant Lully, notamment dans la musique sacrée. Il y a en fait chez lui peu d’opéras avec des voix très légères, très aiguës, c’est plutôt de la musique sacrée, avec un haute-contre léger, de presque une tierce au-dessus.

-Vous-même à vos débuts ?

-Non, j’avais commencé à Compiègne. J’ai toujours été ténor, je ne monte que jusqu’au contre-ut, ou si bémol naturel. Certes j’ai chanté aussi des opérettes…

-Actuellement, quels sont vos projets ?

-Le concert anniversaire d’Amarillis, qui doit fêter ses 25 ans, en juin à Angers.

-L’ensemble y est en résidence, je crois.

-Oui, le concert devrait réunir tous ceux qui ont participé à ces 25 années, comme Stéphanie d’Oustrac par exemple ; mais aussi…. Et nous avons une tournée en préparation avec le programme Rameau, au Canada et aux Etats-Unis, dans un an et demi, me semble-t-il. (Propos recueillis par G.ad., avril 2019)

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