Orchestre Régional Avignon-Provence : « Le Dilettante d’Avignon »

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 Le Dilettante d’Avignon.

Opéra comique en 1 acte de Jacques-Fromental Halévy

Orchestre Régional Avignon-Provence. Direction, Michel Piquemal.

Mélody Louledjean, Virginie Pochon, Mathias Vidal, Julien Véronèse, Arnaud Marzorati

Chœur Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur

Klarthe

Logo CLENPR 21-06-17

Deux CD et un livret, tout en (couleur) or : un langage subliminal ? En tout cas, un petit bijou. Une quasi-découverte, puisque ce Dilettante n’avait jamais été rejoué depuis sa création, en 1829.

Un enregistrement en public le 18 avril 2014, à Avignon de surcroît dans le cadre de la saison anniversaire du bicentenaire de l’Orchestre, lui donne la saveur du spectacle vivant, délesté de bruits parasites, sans le priver des applaudissements, jamais invasifs.

Cette musique légère du XIXe siècle, que le Palazzo Bru Zane redécouvre et promeut, retrouve ici toute sa fraîcheur, grâce à une distribution homogène, et à une interprétation sans faille.

Le compositeur, Jacques-Fromental Halévy, qui fut Grand Prix de Rome, assure la transition entre la déferlante rossinienne du début du siècle et l’émergence de la musique française, qui n’a rien à envier à sa voisine. C’est en 1829 que, après avoir essuyé le mépris d’une presse italianolâtre, il prendra une belle revanche parodique, jouant en maître de l’un et l’autre des langages musicaux, et fustigeant avec panache les critiques ignares. Si l’œuvre a bien trouvé en terre avignonnaise en 2014 un public conquis, on ignore s’il y avait eu un précédent in loco, presque deux siècles plus tôt.

Le Dilettante est donc l’histoire du directeur du théâtre d’Avignon, Maisonneuve, qui se fait appeler Casanova pour surfer sur la vague italianophile, mais le texte chatouille délicieusement les spectateurs locaux, et l’on partage la jubilation qui a dû être celle de Philippe Grison, directeur de l’Orap, de Gérard Facq, directeur de l’Opéra-théâtre, et de Raymond Duffaut, conseiller artistique, à programmer cette version concert, ainsi que la captation en direct, qui fait l’objet, cinq ans plus tard, de ce double CD.

A l’époque, j’avais écrit : « Le public d’Avignon est bien le seul à s’y connaître. Les Avignonnais sont gens d’esprit, de culture et d’érudition ! » Qui donc affirme cela, en toute simplicité et en musique ? Ce sont les auteurs d’une opérette de 1829, Le Dilettante d’Avignon, librettiste et compositeur qui n’étaient même pas avignonnais ! Et quand le ténor Mathias Vidal, sourire en coin, a lancé cette fière réplique, ce vendredi soir, vous pensez bien que le public de l’opéra n’a pas boudé son plaisir. Le chœur Paca, l’orchestre régional Avignon-Provence (à l’origine du projet), les 5 solistes et le chef Michel Piquemal, tous se sont visiblement régalés à exhumer ce bijou totalement inconnu. »

Le CD ne démérite pas.

La direction de Michel Piquemal, exigeante et chaleureuse, sait toujours tirer le meilleur des interprètes qui lui sont confiés, orchestre, chœur, solistes, et restituer à chaque partition sa couleur propre. L’Orchestre et le Choeur, celui-ci créé par Piquemal lui-même, entretiennent avec le chef une complicité artistique de longue date qui leur donne des ailes.

Les solistes possèdent les codes spécifiques de l’opéra bouffe, avec une projection aussi intelligible dans les passages parlés que dans les airs chantés.

Melody Louledjean, soprano (Elise), dont la carrière vole entre les genres et les époques, offre une Elise à la palette très large. Virginie Pochon (Marinette), fréquemment accueillie sur les scènes de la région tout autant que dans les salles internationales, confirme sa belle réputation. Julien Véronèse, dont les débuts furent encouragés notamment par Gabriel Bacquier et que nous avions déjà remarqué, en 2007-2008, lorsqu’il était Cnipalien, a désormais acquis sa parfaite maîtrise vocale et scénique, du baroque au contemporain, en passant par l’opérette française. Arnaud Marzorati, rôle-titre, qui campe avec une roborative maestria Maisonneuve et son double Casanova, assure la direction artistique du projet. Mais c’est Mathias Vidal (Dubreuil), ténor et contre-ténor, alternant facétieusement voix de poitrine et voix de tête, qui se révèle le maître du jeu, en excellente forme, et partageant largement son plaisir.

Un enregistrement qui ravive l’heureux souvenir d’un concert réussi. (G.ad.)

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