Orap, Natacha Kudritskaya piano, à Avignon (22-03-2019)

Facettes du piano romantique

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Opéra Confluence, Avignon, 22 mars 2019.

Orchestre Régional Avignon-Provence. Direction, Miguel CAMPOS-NETO. Piano, Natacha KUDRITSKAYA

Franz Liszt, Malédiction pour piano et orchestre à cordes. Frédéric Chopin, Concerto pour piano et orchestre n°2 en fa mineur op. 21. Félix Mendelssohn, Symphonie n°1 en ut mineur op.11

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L’opéra Confluence d’Avignon consacre une magnifique soirée aux « facettes du piano romantique ».

Avec les oeuvres de jeunesse de trois compositeurs parfaitement contemporains, nous avons pu apprécier la variété de style des compositions du XIXe siècle . En mettant à l’honneur le piano, la soirée débute par une œuvre de Liszt (1810-1886) très peu jouée, voire inconnue du public : Malédiction pour piano et orchestre à cordes.

1.

Pour interpréter cette rareté nous découvrons Natacha Kudritskaya, une jeune pianiste également peu connue. Française d’adoption depuis ses années de conservatoire, Natacha Kudritskaya est née en Ukraine où elle a étudié le piano avant d’intégrer à 19 ans le CNSM de Paris. Elle obtient son diplôme avec la mention très bien à l’unanimité du jury. Natacha Kudritskaya remporte alors de nombreux prix en particulier pour « le caractère personnel et juste de son interprétation de la musique française ». Elle remporte le premier prix ainsi que le prix Robert Casadesus au Concours International Vibrarte. Elle se produit à présent dans de nombreux festivals et salles de concert. Son premier disque consacré à Rameau ainsi qu’un album intitulé « Nocturnes », une méditation sur la musique française, sont salués par la critique.

2.

Arrive donc sur scène une jolie petite brune, cheveux au carré, style un peu rock avec son jean et ses tennis blanches, à l’allure à la fois fragile et déterminée. Cette détermination, nous la retrouvons au centuple pour l’interprétation de la pièce de Liszt bien nommée ! Liszt a 19 ans lorsqu’il jette sur le papier cette partition aux audaces pianistiques hallucinantes, dans laquelle le jeune Liszt a composé tout ce qui le caractérisera : accords fulgurants presque impossibles à jouer, rythmes effrénés, jeux d’octaves, un style osé pour l’époque. Liszt est bien le père de la technique pianistique moderne. Les thèmes se succèdent sous des appellations telles que « Malédiction, Orgueil, Pleurs, Angoisses, Songes, Railleries ». Si technique musclée et poésie n’ont rien d’irréconciliable chez Liszt, la pianiste nous prouve qu’elle peut faire preuve d’efficacité, en particulier dans le jeu des pédales qu’elle ne ménage pas tout en effleurant avec sensibilité les touches du piano.

Pour le spectateur, cette oeuvre ne restera pas dans les annales, bien qu’elle mette en valeur la jeune pianiste. Entre alors le reste de l’orchestre, jusque là réduit à ses cordes.

3.

Avec le second concerto pour piano de Chopin (1810-1849) en réalité le premier concerto écrit par le jeune compositeur (19 ans), nous trouvons un style à la fois dramatique et retenu. Dès le premier mouvement, Maestoso , une longue introduction orchestrale précède l’arrivée d’un piano d’abord sensible puis très virtuose. Un magnifique dialogue s’établit entre l’orchestre et la piano. Le chef, Miguel Campos-Neto, est à l’écoute de la soliste qui exprime l’âme de Chopin, tout en finesse et retenue.

 L’Allemande de Rameau, jouée en bis, a charmé la salle. Le toucher clair et précis de l’interprète souligne la beauté du phrasé, en toute simplicité. Rameau l’avait dit : « C’est à l’âme que la musique doit parler ». Le jeu pianistique de Natacha Kudritskaya nous en convainc.

4.

Après l’entracte, place à la Symphonie n°1 en ut mineur op11 de Félix Mendelssohn (1809-1847). Le compositeur n’a que 16 ans lorsqu’il compose cette première symphonie. Ce n’est pas la plus populaire de ses oeuvres, mais Mendelssohn la considérait comme l’accomplissement de ses symphonies de jeunesse.Le style est très classique, le mouvement le plus achevé est le final avec le jeu des cordes en pizzicato.

Le jeune chef d’orchestre brésilien invité Miguel Campos-Neto est titulaire de trois phalanges à Belem (Brésil). Bien qu’encore jeune, il a cumulé plusieurs postes de direction honorifiques avec des formations telles que l’Orchestre philharmonique d’Amazonas et des festivals tels que le Palais des Arts de Belo Horizonte. Titulaire d’un baccalauréat des arts et d’une maîtrise des arts en violon de l’Université du Missouri et de l’Université du Nouveau-Mexique, il a remporté plusieurs concours prestigieux. Il est invité sur de nombreuses scènes internationales. A noter qu’il dirige sans partition.

Cette soirée aura témoigné d’une belle harmonie entre les musiciens, sous le signe du romantisme et de la jeunesse. (D.B. Photos M.A.)

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