(L’)Ombre de Venceslao, Matalon/Lavelli, à Avignon (10-03-2017)

Une imprudence folle…

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L’Ombre de Venceslao. Opéra en deux actes de Martin Matalon, livret de Jorge Lavelli, d’après la pièce de Copi (Editions musicales Billaudot)

Création à Avignon / Nouvelle production

Direction musicale: Ernest MARTINEZ-IZQUIERDO. Etudes musicales : Sylvie LEROY

Conception et mise en scène: Jorge LAVELLI. Collaboration artistique :  Dominique POULANGE. Répétiteur danse : Jorge RODRIGUEZ. Scénographie : Ricardo SANCHEZ-CUERDA. Costumes : Francesco ZITO. Lumières : Jean LAPEYRE  / Jorge LAVELLI

China : Estelle POSCIO. Mechita : Sarah LAULAN

Venceslao : Thibaut  DESPLANTES. Rogelio : Ziad NEHME. Largui : Mathieu GARDON

Coco Pellegrini  : Jorge RODRIGUEZ. Gueule de Rat :  Germain NAYL. Le Singe :  Ismaël RUGGIERO. Le Perroquet (voix enregistrée) : David MAISSE

Les serviteurs de scène : Ismaël BOUARDA,  Yann-Sylvère LE GALL, Benjamin LEBLAY, Paul-Henri NIVET

Bandonéonistes : Max BONNAY, Guillaume HODEAU, Anthony MILLET, Victor VILLENA,

ORCHESTRE RÉGIONAL AVIGNON PROVENCE

Directrice technique : Cécile HÉRAULT. Régisseuse de production : Héloïse SÉRAZIN

Responsable Costumes : Corinne CROUSAUD. Ingénieur du son : Max BRUCKERT

Les décors et accessoires  ont été fabriqués dans les ateliers de l’Opéra National de Bordeaux

Les costumes et chaussures  ont été réalisés dans les ateliers du Théâtre du Capitole de Toulouse

En co- production avec

le Centre Français de Promotion Lyrique,

l’Opéra National de Bordeaux, le Centre Lyrique Clermont-Auvergne, l’Opéra de Marseille,

l’Opéra National Montpellier Occitanie, l’Opéra de Reims, l’Opéra de Rennes,

l’Opéra de Toulon Provence-Méditerranée,

le Théâtre du Capitole de Toulouse, le Teatro Municipal de Santiago du Chili

et le Teatro Colon de Buenos-Aires

En co-production avec le Grame, Centre national de création musicale – Lyon

Avec le soutien de la Caisse des Dépôts et de la Fondation Orange, mécènes principaux ;

du Fonds de Création Lyrique de la SACD et du Ministère de la Culture et de la Communication

en partenariat avec France 3 et France Musique

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Aller voir à l’opéra une pièce du prolifique iconoclaste Copi (Raúl Damonte Botana, 1939-1987) était une imprudence folle. Je l’ai expérimenté à mes dépens.

Certes, la production est d’une belle cohérence d’ensemble, d’une parfaite homogénéité, due sans doute à une communauté de coeur entre les trois Argentins installés en France, Copi le dramaturge, Jorge Lavelli le traducteur-metteur en scène-librettiste, et Martin Matalon le compositeur… et avec le chef, espagnol.

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La mise en scène, inventive et incisive comme on pouvait s’y attendre, signe la fluidité de l’errance familiale à travers ces trente-quatre scènes (sans entracte), avec de jolies trouvailles, légères et diaphanes comme les chutes d’Iguazu, ou plus glauques lors de l’empoisonnement de l’épouse et de la pendaison de Venceslao, ou sensuelles dans la froide lumière du tango de Buenos-Aires. La verticalité vertigineuse des décors souples, ciselée par les lumières de Jean Lapeyre, allège et aère la pesante existence de ces personnages paumés et désarticulés : le père à la double vie et double descendance, les jeunes demi-frère et sœur incestueux, la maîtresse poursuivie – et troussée – avec la même vigueur par l’amant en titre et l’amoureux transi….

Ce récit tragique et grinçant trouve sa profondeur dans l’humour et la dérision – portés notamment par les animaux, cheval, singe et perroquet -.

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Les chanteurs-acteurs manifestent un engagement exceptionnel de précision et de densité, tant dans la présence scénique que dans la prestation vocale, redoutable. Surtout avec un orchestre renforcé. Quatre bandéonistes ont signé la couleur argentine, tantôt dans la fosse, tantôt en intermède entre deux actes : Max Bonnay, Guillaume Hodeau, Anthony MIillet, et Victor Villena, formé en Argentine et professeur depuis 2014 dans la classe de bandonéon qu’il a créée au Conservatoire du grand Avignon.

Ces supplémentaires, et percussions, avec l’Orchestre Régional Avignon-Provence, Ernest Martinez-Izquierdo les a dirigés avec énergie, à travers une partition drue, dense, difficile, notamment une ouverture d’une impressionnante expressivité.

Face à l’orchestre donc, les chanteurs-acteurs ont donné leur maximum, dans la puissance, dans la virtuosité vocale, dans la diction même.

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Sarah Laulan a imposé  avec autorité son personnage de Mechita (la maîtresse) dans un monde d’hommes où l’on ne s’en laisse pas conter. Elle était déjà connue à Avignon pour avoir joué dans Les Caprices de Marianne (2015), et dans Laïka, the Spacedog de Russell Hepplewhite (concours Armel Opera) ; elle a également interprété à Sarajevo une œuvre d’Eric Breton, compositeur villeneuvois tout proche.

Thibaut Desplantes promène, lui, sa haute stature, du chœur Accentus à Venceslao (rôle-titre) en passant par Offenbach ! On apprécie la même souplesse d’adaptation chez Mathieu Gardon (Largui, amoureux de Mechita), lauréat Adami, qui est passé lui, après quelques étapes néanmoins, d’une carrière de sage-femme à la scène des Chorégies d’Orange !

Mais la palme revient – même si l’applaudimètre a été inégal – à la jeune Estelle Poscio, une brunette toute fluette mais qui brûle les planches ; ses qualités de danseuse – son tango dans les bras de Jorge Rodriguez en a bluffé plus d’un…- et de comédienne, ont unanimement séduit. Et si sa voix n’a été qu’un pâle reflet de ce que nous avions entendu sur You Tube, – une voix déjà ronde, mature, tonique -, nous en avions accusé les exigences de la partition, parfois exagérément acrobatique. Nous apprendrons le lendemain que, malade, elle avait tenu pourtant à tenir vaillamment son rôle sans en informer le public. Le jeune ténor libanais Ziad Nehme lui a donné fort honorablement la réplique dans le rôle de Rogelio, le demi-frère-époux.

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Mais c’était une imprudence folle que de venir entendre à l’opéra « du Copi ». Grossièreté, vulgarité, obscénité y semblent mille fois plus inconvenantes qu’au théâtre. On les accepterait peut-être en saupoudrage pimenté. Mais la répétitivité lassante prive le langage argotique de toute vigueur percutante. Et l’obscénité des situations (simulacre de copulation brutale, d’accouchement, de défécation) eût gagné en force dramatique en étant seulement suggérée. Les applaudissements – réservés – in fine n’ont pas masqué le malaise voire l’indignation des spectateurs. Après ses productions antérieures, Il Viaggio a Reims de Rossini et Les Caprices de Marianne de Sauguet, remarquables à tous points de vue, on a peine à admettre que le CFPL (Centre Français de Promotion Lyrique) ait promu un spectacle aussi « clivant » ! Après la création à Rennes en octobre 2016, et Avignon en ce mois de mars 2017, Venceslao tournera à Clermont-Ferrand, Toulouse, Marseille, Bordeaux, et dans deux villes d’Amérique latine. (Texte : G.ad. Photos spectacle : Cédric Delestrade-ACM-Studios. Photos Matalon/Martinez-Izquierdo/Lavelli : G.ad.)

G.ad.