(La) Périchole à Marseille (02-04-2016)

Une distribution pétulante, des tubes inoxydables

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(photos Christian Dresse)

Odéon, Marseille. 2 (& 3) avril 2016.

Opéra-bouffe en deux actes, Jacques OFFENBACH

Livret : Henri MEILHAC et Ludovic HALÉVY

Mise en scène : Jean-Jacques CHAZALET

Direction musicale : Jean-Pierre BURTIN

La Périchole, Emmanuelle ZOLDAN

1e Cousine, Virginy FENU

2e Cousine, Violette POLCHI

3e Cousine, Valentine LEMERCIER

Piquillo, Rémy MATHIEU

Don Andrès de Ribeira, vice-roi, Alexandre DUHAMEL

Don Miguel de Panatellas, Dominique DESMONS

Don Pedro de Hinoyosa, Jacques LEMAIRE

Le Marquis de Tarapote, Antoine BONELLI

Le Marquis de Satarem, Michel DELFAUD

Création au Théâtre des Variétés, le 6 octobre 1868, d’après une pièce en un acte de Mérimée, Le Carrosse du Saint-Sacrement, créée en 1830 à la Comédie-Française.

Résumé

La Périchole est ici représentée comme une chanteuse des rues assez rouée, flanquée de son amant Piquillo un brave garçon assez naïf. Ils chantent des complaintes et des séguedilles mais ne parviennent pas à assurer ne fût qu’un repas quotidien. C’est dire qu’ils meurent de faim et que Piquillo se déclare prêt à en finir avec la vie. La Périchole préfère un autre moyen, moins moral certes, mais plus lucratif : celui d’accéder au désir du Vice-Roi qui ne désire rien de moins que la prendre comme favorite. Et voici La Périchole au Palais avec Piquillo nommé pour la circonstance Comte de Tabago. Les courtisans se chargent de lui ouvrir les yeux et c’est un esclandre qui conduit le pauvre mari « récalcitrant » au cachot. La Périchole vient à son secours mais surprise par le vice-Roi et après quelques imbroglios, les deux amants obtiendront son pardon et le droit d’être mari et femme pour tout de bon. La Périchole fut aussi le dernier grand succès d’Hortense Schneider marquant ainsi la fin de la grande période de l’Offenbachiade.

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Des tubes comme s’il en pleuvait… « Le Muletier », les « maris récalcitrants », « Je t’adore, brigand » (inspiré de Manon Lescaut), ou l’inoxydable « Espagnol…. » qui vous restent obstinément dans la tête et dans la voix bien des heures après le tomber de rideau…

Un spectacle alerte, qui brille de couleurs et de lumières, au rythme soutenu, voilà une belle production d’opérette qui honore le répertoire français.

Dans une mise en scène consensuelle et de bon aloi, des décors réalistes brossent l’exotisme péruvien, le faste du palais et le sombre dénuement du cachot. Tout est juste et sans excès. L’attention peut se concentrer légitimement sur une distribution… qui se régale tout autant que le public.

C’est Alexandre Duhamel, en vice-roi truculent, qui la domine, par sa belle carrure et sa formidable présence scénique d’abord. Avec son sourire charmeur, son regard clair, sa gouaille parfois, qui signent un excellent comédien, d’une grande souplesse d’interprétation. Il s’impose aussi comme un grand baryton, au large ambitus, à la projection précise, au timbre chaleureux. Une nature généreuse qui peut servir avec le même bonheur le répertoire lyrique le plus large, et qu’on retrouvera avec plaisir pour les fêtes de fin d’année 2016 à l’Opéra de Marseille.

Piquillo, lui aussi, est loin d’être un faire-valoir, ni de sa promise ni de son rival. Ténor agile, comédien virevoltant, à la fois piquant et sensible, Rémy Mathieu, ce Niçois au physique d’adolescent, ex-Cnipalien, a déjà une belle carrière à son actif. La seule année 2013, par exemple, l’a vu participer au Tremplin Jeunes Chanteurs de l’Opéra d’Avignon – sélection de Raymond Duffaut – et être nommé Révélation de l’Adami, sans parler de ses nombreux engagements scéniques. Et on l’a applaudi en 2015 aux Chorégies d’Orange dans le cadre de Musiques En Fête. On aura plaisir à le revoir bientôt dans diverses productions de la région et dans les rôles les plus divers.

Pour leur première apparition sur la scène de l’Odéon, les deux messieurs ont fait belle impression.

Emmanuelle Zoldan, elle, compose une Périchole piquante, une « perra chola » (« chienne de métisse ») roublarde mais tellement sympathique, manquant peut-être de puissance dans la projection et la tenue de note. Spécialiste de l’opérette, genre dans lequel elle a glané quelques jolis lauriers, elle aborde désormais des rôles plus dramatiques, mais on ne l’imagine guère dans une grande salle, encore moins en extérieur ; on l’attend dans Lakmé (Rose) en 2017 à l’Opéra de Marseille.

Les trois cousines sont agréablement pétillantes, appétissantes à souhait, tant Virginy Fenu (récente Madame Jonquille dans Madame Chrysanthème à l’opéra de Marseille), que deux débutantes sur la scène de l’Odéon : Violette Polchi (déjà accueillie à Avignon et Orange, et future suivante de Lady Macbeth dans la prochaine production de l’Opéra Grand Avignon) et Valentine Lemercier aux nombreux engagements dans la région et bien au-delà ; on l’entendra en mai à Toulon dans La Traviata (Flora) et cet été aux Chorégies dans Madama Butterfly (Kate Pinkerton). Question d’oreille personnelle, je classe les performances vocales des 3 donzelles par ordre décroissant, de Virginie à Violette, en passant par Valentine.

Les courtisans, ministres ou marquis de pacotille, bourreaux et geôlier, complètent une distribution haute en couleur, et à la diction irréprochable. Orchestre et chœurs impriment un rythme effréné, un des éléments indiscutables du succès de l’ensemble. (G.ad.)

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