La Dame de Pique, Tchaïkovski, Pappano/ Herheim, en direct du ROH (22-1-2019)

Pas vraiment piquante

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Ciné-opéra, cinéma Rivoli, Carpentras, en direct du Royal Opera House à Londres (22 janvier 2019)

La Dame de Pique, Piotr IllitchTchaïkovski. D’après une nouvelle de Pouchkine.

Chœur et Orchestre du Royal Opera House. Direction, Antonio Pappano. Mise en scène Stefan Herheim

Lisa, Eva-Maria Westbroek. Pauline, Anna Goryachova. La comtesse, Dame Felicity Palmer.

Hermann, Sergueï Poliakov, en remplacement d’Aleksandrs Antonenko souffrant. Tomski, John Lundgren. Prince Yeletski, Vladimir Stoyanov. Tchaplitski, Konu Kim. Sourine, Tigran Martirossian. Tchekalinski, Alexander Kravets. Naroumov, Michael Mofidian. Maître de cérémonie, Harry Nicoll. La Gouvernante, Louise Winter. Prilepa/Chloé, Jacquelyn Stucker.

Chanté en russe, sous-titré en français. Durée 3h30 avec entracte.

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Un bonheur de profiter de l’opéra dans un fauteuil de cinéma…

Saint-Pétersbourg, 1780. Hermann tombe amoureux de Lisa, fiancée au prince Yeletski, et dont la grand-mère garde jalousement, rapporté de Paris, le secret de trois cartes qui assurent gain infaillible au jeu. Hermann se servira de Lisa pour accéder à la grand-mère, qui mourra de peur en le voyant braquer une arme sur elle, Lisa se suicidera peu après, et lui-même trouvera la mort très vite.

Stefan Herheim nous projette en 1890, année de la création de l’œuvre, et les personnages jaillissent au fur et à mesure de l’imagination de Tchaïkovski. Ce qui eût pu être une mise en abyme piquante, plombe de facto l’ensemble, par la présence permanente sur scène du compositeur, incarné par Vladimir Stoyanov (également Prince Yeletski, dans le même costume). Confusion assurée, dans une production qui ne tutoie pas la légèreté, et qui passe du sombre au lugubre puis au macabre. L’uniformité des costumes et des crânes perruqués, solistes et chœurs, installe une véritable armée de clones. Et avait-on besoin de cocasseries, comme un lustre en cristal qui joue longuement les encensoirs ? Et surtout de l’apparition incongrue de la tsarine Catherine (présente dans le livret, mais en 1890 ?!), dans le genre pompier, minaudant derrière des aigrettes tout droit sorties de La Folie des Grandeurs et d’une Sapritch qui, elle au moins, ne se prenait pas au sérieux !

Les voix ne déméritent certes pas, même le ténor, remplaçant de dernière minute. Aucune surprise néanmoins, ni émotion qui vous soulève, malgré les grands airs d’amour (Hermann, Prince Yeletski et Lisa), sans faute cependant.

x.190122. Dame de Pique ROH.

En revanche, deux très belles découvertes dans les deux mezzos, toutes deux exceptionnelles. La jeune Anna Goryachova campe une Pauline déterminée et de belle couleur ; quant à Dame Felicity Palmer (la comtesse, alias Dame de Pique) du haut de ses 74 printemps elle offre une mélodie de Grétry (« Je crains de lui parler la nuit ») émouvante à souhait, et dans un français impeccablement prononcé.

Le syncrétisme musical de Tchaïkovski, mélange de Mozart, de liturgie orthodoxe, de valse viennoise, de folklore russe… a gardé sa force d’innovation et sa fraîcheur roborative, surtout sous la baguette d’un Antonio Pappano en grande forme.

Reconnaissons à cette nouvelle production, qui a enthousiasmé la critique à Amsterdam, un réel équilibre de réalisation, à défaut de cohérence de conception. Pour autant restera-t-elle dans les mémoires ?

Toutefois, c’est toujours un bonheur que de profiter de l’opéra dans un fauteuil de cinéma…

Cette Dame de Pique est la cinquième des neuf productions du Royal Opera House diffusées cette année en direct ou différé dans nombre de salles obscures de la planète. Une aubaine pour ceux qui n’ont pas la possibilité d’aller dans une des structures dédiées, et un supplément pour les lyricophiles invétérés. Le Vaucluse est bien pourvu, avec plusieurs enseignes diffusant le ROH (dont le Rivoli à Carpentras et le Capitole-Studios au Pontet, entre lesquels nous nous partageons habituellement), ainsi que Pathé-Cap-Sud à Avignon diffusant le Met, et le Vox à Avignon, pour l’Opéra de Paris.

En bonus pour Covent Garden, des commentaires, de Clemency Burton-Hill (incomplètement traduits) et de « Tony Pappano » à l’entracte, dont les analyses éclairent toujours l’œuvre avec une finesse et une pertinence précieuses. Et cette fois-ci, un bonus supplémentaire, avec l’interview, à l’entracte, d’Ermonela Jaho, présente dans la salle entre deux répétitions de Traviata qu’elle interprètera sous peu, et qu’elle a présentée dans un anglais parfait… Une Traviata qui sera donnée en différé, le 3 mars à 18h au Rivoli (Carpentras) et le 12 mars au Capitole-Studios (Le Pontet).

Si le Rivoli a su fidéliser un public d’anglophones (le Luberon est tout proche) atteignant les quatre-vingts spectateurs pour La Dame de Pique, en revanche d’autres salles, ne bénéficiant pas de ce vivier, n’ont réuni pour cette œuvre peu connue qu’une poignée d’amateurs (maigre consolation : un Wagner magnifique dans les années antérieures avait fait le même flop !). (G.ad.)

 

Suite de la programmation :

-Mardi 19 février, 20h. Ballet. Don Quichotte, Carlos Acosta. Durée 2h45.

-3 et 12 mars, Opéra. La Traviata, Richard Eyre. Avec Placido Domingo, Ermonela Jaho, Charles Castronovo. Durée 3h35.

-Mardi 2 avril, 18h45. Opéra. La Forza del destino, Christof Loy. Avec Anna Netrebko, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier. Durée 4h15.

-Mardi 11 juin, 20h. Ballet.  Roméo et Juliette, Kenneth Macmillan. Durée 3h15.