CD. Jean-François Zygel, L’Alchimiste

CD. Jean-François Zygel, L’Alchimiste, mars 2019

Piano gagnant

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Original, c’est le moins qu’on puisse dire du dernier opus de cet électron libre que ne cesse d’être Jean-François Zygel. Vulgarisateur infatigable de la musique aux diverses facettes, contempteur des étiquettes, bousculeur de barrières, il vole d’une chansonnette à une sonate, et surtout à l’une de ces improvisations bluffantes dont il a le secret.

L’Alchimiste est un vrai bouquet, un « florilège », un jaillissement de mini-univers de quelques minutes chacun, qui nous ouvre les persiennes de la mémoire émotionnelle, qui écarte la fenêtre du cœur. Un bouquet inattendu, qui marie boutons d’or et chrysanthèmes (La ruelle des morts), voix authentiques des chanteurs (Mistral gagnant, Jacques a dit) et variations inédites (Pour un flirt, Comme d’habitude, Amsterdam).

L’Alchimiste est aussi le temps de la vie. Celui de l’instant, de l’immédiateté de l’émotion qui vous saute au cœur, celui de la chanson qui l’accompagne, mais aussi celui de l’éternité qui s’ouvre/s’envole/s’entrouvre pour mieux nous entraîner…

L’Alchimiste est aussi un nouveau petit caillou semé sur le chemin de vie du pianiste. Au fil des concerts, comme son Requiem imaginaire (inspiré par le décès de son père), ou des impros, ou des enregistrements (ici la possible réconciliation posthume de ses parents), il se livre peu à peu, avec la même réserve, avec la même pudeur souriante. Toutes les blessures secrètes sont filtrées, sublimées, par un piano de virtuose. Et c’est cette empathie avec les fêlures des chansons qui insuffle à celles-ci une émotion nouvelle, auquel le piano donnera peut-être à leur instantanéité les ailes de l’éternité.

Et si L’Alchimiste est bien « piano gagnant », ce n’est pas au détriment des chansons, qui trouvent une nouvelle fraîcheur dans ce nouvel univers. Tous les cueilleurs-alchimistes n’ont pas ce même talent… Respect, Monsieur l’Alchimiste. (G.ad.)