Boris Godounov à Marseille (21-02-2017)

Impressionnant

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Opéra de Marseille (du 14 au 21 février 2017)

Opéra en 7 tableaux. Livret de Modeste MOUSSORGSKI, d’après la pièce d’Alexandre POUCHKINE et l’Histoire de l’État russe de Nikolaï Mikhaïlovitch KARAMZIN, basé sur la version de 1869, révision Michael ROT

Dernière représentation à l’Opéra de Marseille, le 25 octobre 1987
PRODUCTION OPÉRA ROYAL DE WALLONIE

Direction musicale Paolo ARRIVABENI
Mise en scène / Décors Petrika IONESCO
Lumières Patrick MÉEÜS

Xénia Ludivine GOMBERT
Fiodor Caroline MENG
La Nourrice / L’Hôtesse Marie-Ange TODOROVITCH

Boris Godounov Alexey TIKHOMIROV
Pimène Nicolas COURJAL
Gregori / Dimitri Jean-Pierre FURLAN
Chouisky Luca LOMBARDO
Varlaam Wenwei ZHANG
L’Innocent Christophe BERRY
Andrei Tchelkalov Ventseslav ANASTASOV
Missail Marc LARCHER
Nikitch / Officier de Police Julien VÉRONÈSE
Mityukha Jean-Marie DELPAS

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Maîtrise des Bouches-du-Rhône

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x.1.photo Christian DRESSE 2017. 99 ko       x.3.103 ko

Après trente années d’absence, Boris Godounov a réussi son retour sur la scène marseillaise. Cette production de 2010, conventionnelle, n’en est pas pour autant convenue. En tout point conforme à une vision traditionnelle de la Russie des tsars (costumes, décorum, cérémonies…), cette grande fresque nationale ne marquera peut-être pas l’histoire de l’opéra, mais convainc et séduit par sa solidité, sa force, sa puissance d’évocation. Elle est dominée par la formidable présence d’Alexey Tikhomirov, une découverte sur cette scène, impressionnant, familier du rôle – mais dans les versions respectives de Rimsky-Korsakov et de Chostakovitch -, un rôle taillé pour sa voix puissante et sa silhouette de colosse. Les autres solistes, soulevés peut-être par son impressionnant charisme, se révèlent tout aussi talentueux. De Nicolas Courjal en vieux moine prophétique, belle basse colorée aux accents épiques, qu’on reverra avec bonheur dans les Capuletti (26 mars), jusqu’à l’excellent ténor dramatique Jean-Pierre Furlan également convaincant dans le double costume de Gregori et Dimitri, en passant par Luca Lombardo dans le rôle difficile de Chouïsky ; ou Wenwei Zhang, ex-Cnipalien, qui campe un Varlaam réjouissant et crédible ; ou Marc Larcher, son alter ego en ténor (Missaïl), autre moine aviné ; ou Christophe Berry sous les guenilles et la détresse de l’Innocent, mi-illuminé mi-visionnaire, projetant à la face du Ciel un timbre éclatant ; ou Jean-Marie Delpas, grand habitué des scènes de la région, qui trouve en Mityukha un personnage à la mesure de sa stature et de sa voix.

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Face aux dix autres solistes, trois femmes, dont deux rôles féminins seulement. Mais leur présence, brève, marque durablement la production. Ludivine Gombert, que je redoute toujours de voir confinée dans des personnages doloristes tant son talent peut s’exprimer dans des registres variés, confirme en Xenia une puissance et une rondeur vocales qui s’affirment de jour en jour ; Marie-Ange Todorovitch impose avec aisance son personnage d’aubergiste, attachant et pittoresque, mais moins à l’aise dans le rôle quasi muet de la nourrice consolatrice, aussi frustrée que le public de la suppression de deux airs ; la mezzo Caroline Meng ne démérite pas dans le bref costume de Fiodor, fils de Boris Féodorovitch et héritier légitime du trône, que Chouïsky poignarde, sur le corps même de son père.

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Derrière et autour des treize solistes, des foules, des ensembles, qui confèrent à la production son grand mouvement épique : les dignitaires pompeux, les popes cérémonieux, les soldats brutaux, le petit peuple miséreux et versatile, et jusqu’aux enfants de la maîtrise, se heurtent, dans cette « Russie martyre », en blocs antithétiques, que les lumières de Patrick Meüs, tantôt rasantes tantôt plombantes, soulignent dans toute leur rudesse.

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Les sept tableaux successifs dessinent des univers différents dans des contextes et des lieux différents, que scandent les tombers de rideau et les changements de décor. On peut déplorer le balcon du 1er tableau, sur le côté du décor, invisible à un bon tiers des spectateurs. Les ruptures de rythme, elles, confortent la vigueur de cette version originelle de l’œuvre, qu’une récente production globalement décevante à Covent Garden – malgré Bryn Terfel dans le rôle-titre – avait a contrario proposée très fluide, dans une totale continuité narrative qui soulignait dans toute sa cruauté le personnage de Boris, avec l’image obsédante du petit tsarévitch victime de son implacable ambition.

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L’orchestre de l’Opéra de Marseille, sous la baguette souple et ferme de Paolo Arrivabeni, a décliné en modes divers une partition chatoyante, aux multiples facettes, aux accents et échos profonds et sombres, que j’ai découverte claire et évidente comme jamais. (G.ad. Photos Christian Dresse).

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