Aida, Muti/ Neshat, au Pontet, en différé de Salzbourg (18-10-2018)

Un événement attendu et réussi

181018. Aida

Giuseppe Verdi, Aida. Capitole-Studios, Le Pontet (84). En différé du Festival de Salzbourg, août 2017.

Mise en scène, Shirin Neshat. Direction musicale, Ricardo Muti.

Aida, Anna Netrebko, (Vittoria Ji Won Yeo) ; Amneris, Ekaterina Semenchuk ; una sacerdotessa, Benedetta Torre.

Radamès, Francesco Meli, (Yusif Eyvazov) ; Ramfis, Dmitry Belosselskiy ; Amonasro, Luca Salsi ; Il Re, Roberto Tagliavini ; un messagero, Bror Magnus Todenes.

Choeurs de l’opéra de Vienne

Wiener Philharmoniker

Logo CLENPR 21-06-17

La première Aida d’Anna Netrebko et le premier Radamès de Francesco Meli très attendu, éblouissent le monde lyrique.

Pour l’ouverture de sa saison Opéra-Ballet, le Capitole studio avait programmé l’un des grands chefs-d’œuvre de Verdi, Aida, dans une mise en scène de l’iranienne Shirin Neshat. Avec, à la tête du Wiener Philharmoniker, Riccardo Muti.

Cette production du festival de Salzbourg était un événement mondial.

Aida n’avait plus été donnée au festival depuis 1979 où officiait Herbert Von Karajan à la direction et à la mise en scène.

Cette production restera marquée dans les annales du festival, mais non pas par sa mise en scène, seul bémol de la soirée.

Le décor unique est assez esthétique – gros cube blanc posé sur un plateau tournant que l’on verra sous toutes ses formes (face, dos, profil, coupé en deux, agrémenté parfois de vidéos anodines, de quelques escaliers déjà vus dans les années 90) – : ainsi adieu au triomphe clinquant, privé de toute sa quincaillerie habituelle, mais aussi aux changements d’atmosphère. La direction d’acteurs en devient statique et parfois inexistante.

Un grand bravo par ailleurs à Tatyana van Walsum pour la beauté de ces costumes dont les couleurs s’adaptent à l’évolution du drame.

Mais l’essentiel de cette production se situe dans la direction musicale et la distribution.

Riccardo Muti nous offre en véritable chef de théâtre une flamboyante leçon de dramaturgie musicale où les éléments hétéroclites de ce chef-d’œuvre apparaissent complètement intégrés en une architecture cohérente. Muti accompagne les voix de mille caresses, ne ménageant pas les coups de griffe quand la violence se déchaîne. Il nous donne une vraie leçon de musique en mettent en valeur les différents ensembles (duo, trio, quatuor), et redonne au compositeur et à l’œuvre la noblesse que tant d’autres chefs lui refusent. Il faut saluer aussi les Wierner Philharmonker qui officient dans un festin de beautés sonores.

Le soir de la première, le monde lyrique s’était donné rendez-vous pour entendre les débuts d’Anna Netrebko et de Francesco Meli.

Anna Netrebko nous donne une interprétation exceptionnelle avec un timbre chaleureux, un soprano de velours avec une aisance sidérante.

Elle se joue avec facilité des éclats guerriers (« Ritorna vincitor ») ou des confidences élégiaques (« O Patria mia »). Majesté des aigus : c’est le triomphe pressenti et absolu. Les Callas et Caballé ont enfin trouvé en cette soprano leur digne émule.

Francesco Meli ne mérite pas moins de lauriers ; il s’affirme comme le grand ténor verdien de sa génération, avec une vaillance que l’on a connue autrefois avec Carlo Bergonsi. Un timbre gorgé de soleil et au style tout en grâce et en poésie.

Quel bonheur ! quelle réussite !

Tous deux nous donnent tout au long de l’œuvre des duos merveilleux, surtout la scène du Nil et la scène finale du tombeau, où l’Amnéris d’Ekaterina Semenchuk nous ravit de son mezzo torrentiel et préserve sa dignité jusque dans les plus grandes colères.

Le reste de la distribution ne démérite pas.

L’Amonasro de Luca Sali nous gratifie d’un véritable baryton verdien noble, puissant, guerrier, qui complète agréablement ce plateau de grand luxe avec la présence de Roberto Tagliavini (Il Re) et Dmitry Belosselskly (Ramis). (JL.A.)

 

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