Abdel Rahman El Bacha, à La Roque d’Anthéron (19-08-2017)

Elégance et pudeur

x.0. Progr.

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x.4. El Bacha 4. 60 ko                 x.1.El Bacha © C. Grémiot. 88 ko

La réputation d’Abdel Rahman El Bacha n’est plus à faire (voir aussi dans nos pages : 2016, et entretien). Cet artiste franco-libanais se produit dans les salles de concert les plus prestigieuses et les meilleurs festivals de musique classique du monde. Il retrouve le 19 août 2017 un public composé de mélomanes avertis réunis sous les étoiles du Parc du Château de Florans pour la clôture du 37e festival de la Roque d’Anthéron. Ce pianiste mobilise un public fidèle qui aime l’homme pour sa simplicité et l’artiste pour son exceptionnel talent. Il offre lors de chaque concert un moment de musique inoubliable, riche de toute la gamme des émotions humaines.

Abdel Rahman El Bacha est un habitué du Festival de La Roque d’Anthéron et joue de préférence sur un piano Bechstein. Pour débuter la soirée, il s’attaque à l’un des grands chefs-d’œuvre espagnols : les Goyescas, d’Enrique Granados (1867-1916). Cette fresque musicale fait référence à l’œuvre du peintre Goya. Ces pièces séduisent par leur palette particulièrement colorée. Le jeu subtil du pianiste trouve toujours le ton juste entre le rythme des danses aragonaises pour « Los requiebros » et le lyrisme admirable de la jeune fille et du rossignol dans le « Quejas, o la maja y el ruiseñor ».

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Cet interprète est aussi compositeur. Les Trois Pièces Orientales qui suivent nous propulsent dans un autre monde, celui de son enfance. El Bacha dit à ce propos : « La plupart de mes pièces sont une mise en forme de quelques improvisations, inspirées par la vie et sorties du cœur ; musique sans apprêts, parfois simple comme une chanson. Le style voyage entre le Proche-Orient qui m’a donné le jour, l’Espagne, et un doux romantisme redevable à Schumann. » On y retrouve des accents de danses et chants orientaux mêlés à des harmonies occidentales, synthèse parfaite qui caractérise l’artiste dans ce qu’il a de plus profond en lui (1).

Il y a quelques années, Abdel Rahman El Bacha a donné l’intégrale de Chopin par ordre chronologique de composition sur plusieurs soirées, performance saluée par la critique et la presse. Pour la dernière soirée de la saison le pianiste revient à son compositeur de prédilection en interprétant la très belle Ballade n°1 en sol mineur op23. L’artiste fait preuve d’une grande technique, avec un jeu clair. Sa lecture d’une belle intensité émotionnelle laisse place dans le final à une virtuosité qui bouleverse le public.

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Il enchaîne alors avec deux Nocturnes op 27. De ses doigts magiques émanent un charme et une élégance infiniment séduisants avec çà et là des touches de gravité d’une grande pudeur de ton. On poursuit avec le Second Scherzo en si b mineur op 31 à la fois délicat et virtuose. La gestuelle d’Abdel Rahman El Bacha fait magnifiquement sonner le piano. Du bout des doigts l’artiste nous transmet l’âme de Chopin. Lorsqu’enfin la dernière note est lâchée, et qu’il salue lentement le public, il semble presque s’excuser d’être là, lui qui n’est qu’un passeur d’émotion. Pour répondre à l’ovation qui lui est faite, l’artiste offre alors trois pièces des compositeurs de la soirée, Granados, avec Andaluza op. 37 n°5, le Nocturne en Do dièse mineur op. posthume de Chopin et Chanson libanaise de sa composition. Ces pièces ont ponctué avec bonheur ce beau moment musical. (Dany Baychère. Photos Christophe Grémiot).

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(1) Un documentaire admirable de 2014 réalisé par Gérard Corbiau et intitulé «Abdel Rahman El Bacha, un piano entre Orient et Occident» est produit par To D Today Productions et trace par des interviews le parcours et la philosophie du pianiste. Durée: 51’.

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