Poulenc, Gloria (1959)

Francis Poulenc (1899-1963)

 Parisien de cœur et d’ascendance, Francis Poulenc est né dans une famille où l’on aimait et pratiquait la musique. Dès l’âge de 5 ans, par l’étude du piano, il deviendra l’élève du pianiste Ricardo Viñes, l’interprète de prédilection de Falla et Ravel. A 18 ans, il écrit une Rhapsodie Nègre qui étonne le monde musical, puis, subissant l’influence de Satie, adhère en 1919 au fameux Groupe des Six, composé de Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud et Germaine Tailleferre : Ce sera pour Poulenc, sa période « fauve », fort exubérante. L’esthétique commune du Groupe des Six, influencée par Satie et Cocteau, sera une réaction contre le romantisme.

Cependant, Francis Poulenc décide peu après de travailler la composition avec Charles Koechlin qui, comme Erik Satie, le détourne des tentations du wagnérisme et de l’impressionnisme, son métier s’affirme alors en une seconde période qui est celle du ballet Les Biches. Son art, toutefois, n’atteint sa plénitude qu’à partir de 1930 avec le Concerto pour deux pianos, tandis que s’approfondira une double tendance : celle à l’ironie (plus contrôlée que l’humour des débuts), celle à la gravité teintée de quelque mysticisme (maintes œuvres religieuses ou encore son opéra Dialogues des Carmélites). « Il y a chez lui », écrit Claude Rostand, « du moine et du voyou », formule qui résume toute l’ambiguïté d’une œuvre assez abondante, dans laquelle on s’est plu à ne considérer que le côté « petit maître ».

En 1935, de passage à Rocamadour et à la suite de la disparition de son ami, le compositeur Pierre-Octave Ferroud, il vivra un profond retour à la foi catholique de son enfance et se tournera alors vers des compositeurs d’inspiration religieuse.

En 1936, il composera ses Litanies à la Vierge Noire de Rocamadour, suivies en 1937 de la Messe en sol majeur, d’un Stabat Mater en 1950, d’un Gloria en 1959 et de son opéra Dialogues des Carmélites, qu’il composera entre 1953 et 1956. D’ailleurs, ces Dialogues lui permettront de réaliser la synthèse de son vieux rêve lyrique et de sa vocation de musicien chrétien.

Il composera certaines parties de cet opéra, à Avignon, chez Simone Girard, qui a promu après-guerre la musique de chambre dans notre ville et durant plusieurs décennies.

Poulenc ne fut pas un symphoniste (dédain des grandes formes, peu de développements thématiques dans sa musique), mais un inventeur fécond de mélodies, d’où la prolifération de ses ouvrages vocaux – plus de cent mélodies, de nombreuses pièces chorales -, alors qu’il composera peu pour l’orchestre seul. En revanche, ses cinq concertos – pour le piano, le clavecin et l’orgue – lui ont assuré le meilleur de sa renommée dans les salles de concert.

Gloria, pour soprano solo, chœur mixte et orgue (1959)

C’est l’une des œuvres sacrées les plus populaires du compositeur.

Sa première audition eut lieu le 20 janvier 1961 avec l’Orchestre Symphonique de Boston et le Chœur Pro Musica.

Il est composé de six mouvements : Gloria, Laudamus te, Domine Deus, Domine fili unigenite, Domine Deus, Agnus Dei, Qui sedes ad dexteram Patris.

En 1959, Poulenc a 60 ans. Il vient de terminer deux grandes œuvres : Les Dialogues des Carmélites et La Voix humaine.

La gravité des sujets, les affres de sa vie sentimentale l’ont atteint et le laissent très déprimé. Une commande de la fondation Koussenvitzky arrive, et il se met au travail : « Je viens de mettre en chantier un Gloria pour chœur, un soliste et un orchestre dans le style de Vivaldi ».

Le Gloria ne fait pas partie d’une messe. C’est une œuvre à part entière. On y retrouve toutes les facettes du compositeur : jubilation, malice, tendresse, mélancolie, lyrisme, méditation et sérénité. Si ces pages renferment des passages dignes d’un chant grégorien, la partition ne recule pas non plus devant la truculence, et notamment dans le Laudamus te, choquant certains par la liberté de ton.