Michel Piquemal, chef de chœur, chef d’orchestre (octobre 2017)

Michel Piquemal : « pour l’instant je suis le seul… » (octobre 2017)

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Michel Piquemal est baryton, chef de chœur, chef d’orchestre. Il se réjouit de venir, une fois de plus, diriger ce week-end (13 et 15 octobre 2017, de part et d’autre d’un concert le 14 à Mougins, Alpes-Maritimes, sur un tout autre programme), à la fois l’Orchestre Régional Avignon-Provence, et le choeur que lui-même a créé en 1989, le Chœur Régional Provence-Côte-d’Aur, d’excellente réputation et au répertoire très large.

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-Michel Piquemal, vous allez diriger ce week-end le Requiem de Fauré. Quelles en sont les caractéristiques, par rapport aux Requiem de Mozart ou de Verdi  par exemple ?

-C’est une œuvre pleine de douceur. On n’est pas dans le tragique, mais dans une certaine sérénité. En espérant qu’il y a quelque chose après cette vie. Pourtant Gabriel Fauré n’est pas lui-même très croyant, mais il a commencé à composer son Requiem après la mort de ses parents. Dans la première version, il n’y avait que quelques instruments : un violon solo, un violoncelle, et bien sûr une harpe, et des trombones pour le moment violent du « Dies irae ».

-C’était la version de 1893 ?

-Oui, ensuite son éditeur lui a demandé une orchestration plus conséquente ; ce n’était pas la mode des petits effectifs. La 1e version ne comportait pas de violon sauf le solo dans le « Sanctus », et pas de flûte, pas de hautbois, de clarinette, de basson… Or on sortait alors de Wagner, on aimait les grands effectifs. C’était une version toute en légèreté. Fauré n’aimait pas orchestrer, il s’est pourtant plié à la demande de son éditeur parce qu’il aimait particulièrement cette œuvre.

-C’est donc cette deuxième version que vous allez diriger ?

-Oui, c’est cette grande version que l’on joue généralement, depuis qu’elle est tombée dans le domaine public.

-Le concert comporte aussi une œuvre de Caillebotte.

-En parallèle, j’ai voulu proposer aussi une œuvre de Martial Caillebotte, le frère cadet du peintre Gustave. Ce sera une vraie découverte. La famille Caillebotte était des gens aisés, riches, qui n’avaient pas besoin de vendre, sa musique pour l’un, sa peinture pour l’autre. Martial était surtout connu comme photographe ; pourtant il avait eu des prix de conservatoire, et il était en piano avec Debussy. Il a composé toute sa vie, mais sans avoir l’intention de faire jouer sa musique, tout à fait comme son frère faisait des tableaux sans souhaiter les vendre. Grâce à ses descendants j’ai eu accès à ses œuvres, et j’ai même enregistré deux CD. La messe « Ecce bonum », que nous allons interpréter, vante les vertus de la fratrie ; elle a été composée en hommage à la fratrie, comme le montre la partie des trois solistes, deux ténors et un baryton. Le frère aîné des Caillebotte était curé de Notre-Dame de Lorette, c’est même lui qui avait fait construire l’église. C’était une famille intéressante, avec quantité de passions. Les trois frères partageaient aussi la passion de la voile ; imaginez : même Tabarly s’est servi de leurs plans pour faire le Pen Duick IV !

-Vous parlez de trois solistes masculins, or vous n’en avez qu’un dans le programme…

-Les autres parties seront tenues par des choristes.

-Vous dites que les descendants vous ont donné accès aux œuvres de Martial Caillebotte. En avez-vous donc l’exclusivité ?

-Pour l’instant je suis le seul à m’y intéresser, mais mon désir est que d’autres aussi le découvrent et le jouent. C’est vraiment une porte intéressante pour les années 1880 environ, Martial étant mort en 1909. C’est un psaume pour grand orchestre, grand chœur et grands solistes.

-A-t-il composé dans d’autres domaines, chambre, symphonique ?

-Des œuvres orchestrales, et un poème symphonique appelé « Une journée » ; c’est d’ailleurs mon 2e CD, le récit des moments successifs de la journée. Mais également une œuvre lyrique, un opéra, Roncevaux, qui n’a jamais été joué.

-Le concert s’ouvrira par le « Cantique de Jean Racine », de Gabriel Fauré également.

-C’est une œuvre de jeunesse, à l’époque où Fauré était encore élève, il avait 19 ans. Ce fut un succès immédiat. Lui-même était organiste à l’église de la Madeleine, il composait beaucoup de motets. Son premier essai a été un de ses grands succès.

-Vous allez à cette occasion diriger l’Orchestre Régional Avignon-Provence…

-… que je connais bien. J’ai toujours beaucoup de plaisir à travailler avec cet orchestre. Nous avons même fait un disque ensemble il y a quelques années ; et cet été nous avons tourné ensemble avec Gounod.

-Je présume que votre chœur sera au complet, comprenant aussi le chœur Côte-d’Azur de Nicole Blanchi ?

-Oui, le chœur Régional comprend deux phalanges, l’une dans la région de Cannes-Nice, dirigée par Nicole Blanchi, et l’autre, le Vocal-Provence à Aix-en-Provence, avec Bruno Rastier comme chef de chœur.

-Direction de chœur et direction d’orchestre, est-ce bien différent ?

-C’est la même chose. C’est comme diriger un violon et un trombone : bien sûr, il faut des connaissances sur le son ; et l’attaque d’un violon est plus précise que pour la colonne d’air. Mais la gestuelle est la même.

-Quels sont vos projets avec le Chœur Régional ?

-Ils sont liés au soutien de la Région ; nous souhaitons qu’il se maintienne, pour nous permettre de continuer notre travail. www.orchestre-avignon.com et http://www.choeurpaca.fr/ (Propos recueillis par G.ad.)

 

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