Festival Off d’Avignon 2018

Cap sur la 52e édition

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(nos critiques après l’éditorial, par ordre alphabétique de spectacles)

On a encore fait mieux, ou du moins, on a fait plus ! Encore plus de spectacles chaque année. La barre a atteint les 1538 pour les spectacles, 4667 pour les artistes. L’an dernier déjà nous avions brossé un tableau rapide.

Cette année, petit fil rouge pour festivaliers novices et/ou Avignonnais occasionnels. Les sirènes du tractage urbain sont séduisantes, parfois insistantes ; au hasard de tel ou tel flyer, on peut tomber sur la perle rare à laquelle on n’aurait jamais pensé succomber, et c’est là le charme du Off, que d’ouvrir tout le champ des possibles. Néanmoins, tout comme en partant sur les routes des vacances on ne s’interdit pas d’emprunter tel ou tel chemin inattendu après avoir prédéfini un itinéraire précis, pour le festival Off aussi on a tout intérêt à se tracer une petite liste hiérarchisée, avant de plonger dans le charme pittoresque de la calade des Teinturiers ou dans la cohue de la rue de la République :

  • ce que l’on doit (ou veut) absolument ne pas rater ;
  • ce que l’on verrait bien, peut-être ;
  • et puis, le reste peut être une grande page blanche.

Ne pas oublier aussi les « délais de route ». Si tout l’intra-muros d’Avignon tient bien dans un mouchoir de poche (en gros, un bon kilomètre d’Est en Ouest et du Nord au Sud, à l’intérieur des 4,6kms de remparts), pendant le festival en revanche tout trajet est multiplié, parfois par 3 ou 4, ralenti que l’on est sans cesse par les badauds, les parades, les tractages, les indécis, et tout simplement par le million de visiteurs (environ 700.000 pour le OFF, 250.000 pour le IN) qui envahissent inopinément la ville pendant 3 semaines. Bien repérer sur un plan les différents théâtres que l’on va rallier, les horaires et les durées des spectacles, et prévoir, outre le temps du déplacement, le temps d’attente (les queues aux guichets peuvent être quelquefois longues, même quand on a réservé, ce qui est presque indispensable).

Quant au choix des pièces, chacun a ses méthodes : ou seulement du répertoire classique, ou de l’américain contemporain, ou du Camus, ou de la danse, de la comédie, de la musique, du cirque, du seul-en-scène (là, on n’a que l’embarras du choix, et du pire comme du meilleur : économie oblige !), du people (on ne cessera de croiser des vedettes dans les rues jour et nuit, et notamment aux terrasses sous les étoiles place des Corps-Saints : éviter de les agresser de selfies !), ou des compagnies qui ont fait un tabac à Paris. Pour les choix thématiques ou génériques – et pour tout le reste -, le programme du Off est LA bible, la seule référence. On le trouve gratuitement à l’Office de tourisme dès le jour d’ouverture du festival (en ligne dès mi-juin sur : http://www.avignonleoff.com ; ou se le faire envoyer contre paiement) ou dans les divers théâtres ; il doit obligatoirement prendre place dans le sac à dos du festivalier – et être totalement froissé, corné, annoté, à la fin du festival -, à côté d’une bouteille d’eau, de pansements anti-ampoules et d’une petite laine – toutes les salles sont climatisées -.

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Mais quand on ne sait vraiment par où commencer, il faut privilégier les quelque 20 lieux permanents, qui ont une programmation à l’année, gage de qualité, et éviter – sauf exceptions – les garages ou préfabriqués montés juste pour le festival.

  • Pour commencer, les 6 « scènes d’Avignon », Balcon (large programmation, avec des compagnies fidèles, de la musique et des thèmes humanistes), Carmes, Chêne Noir (c’est là qu’on pourra trouver le plus de vedettes), Chien qui Fume – et Petit Chien – (large programmation), Golovine (danse), Halles (engagé et intellectuel).
  • D’autres adresses à ne pas négliger parmi les lieux permanents : les théâtres de l’Artéphile (une majorité de sujets de société), de l’Etincelle (cies chinoises), de la Luna et Buffon (spectacles très variés, grand public, souvent de qualité), du Rempart (quelques jolies propositions), des Vents (notamment chanson française, mais pas seulement), du Chapeau-Rouge (se laisser tenter), l’Ajmi-Manutention (jazz), la Fabrik’théâtre avec la cie du Kronope (masques, loufoquerie, très visuel…)

Mais ne pas oublier non plus d’autres lieux qui, n’existant qu’en juillet, ont su depuis des années, se forger une réputation méritée : l’Espace Pasteur et le Collège de la Salle, (spécialisés jeune public), l’Espace Roseau (des spectacles forts et beaux), l’Espace St-Martial (spectacles très variés, dans le temple protestant, tous empreints de valeurs humanistes), de même que la Chapelle de l’Oratoire (spectacles ouvertement chrétiens, de grande valeur souvent ; n’hésitez pas à écouter, dans la beauté de cette petite chapelle du XVIIIe siècle, le chant du hang de Francesco Agnello au cœur de la nuit), le Petit Louvre (quelques pépites ; ne pas oublier d’admirer le lieu), le théâtre du Roi René (quelques bijoux à découvrir, à côté de spectacles moins intéressants – ne pas hésiter à discuter dans les files d’attente : c’est le charme du festival !-), ou des Béliers (quelques pépites à côté de grosses farces) ; la Cour du Barouf (en extérieur, surtout commedia dell’arte).

Et puis il y a des acteurs ou des compagnies, à ne pas manquer : la cie grecque Vivi (qui joue dans le texte originel Euripide, sur-titré, dans une performance qui tient de la danse, de l’acrobatie, de la psalmodie, du chant… ; époustouflant, même quand on ne connaît ni alpha ni bêta) ; ou Pierrette Dupoyet, auteure-actrice-metteure en scène (son 34e festival ;il faudrait l’inventer si elle n’existait pas !) ;; ou la cie suisse de danse Interface intelligente, symbolique (Balcon). Et d’autres, absents cette année, mais qu’o devrait revoir : Florence Camoin (directrice du théâtre de Saint-Maur, qui donnera une création en 2019), ou Comédiens et Compagnie (une quinzaine d’acteurs sur scène – rarissime – qui « revisitent » avec une roborative inventivité les grands classiques),…

Et si vous n’hésitez pas à franchir le Rhône, Villeneuve en scène vous accueillera, avec une programmation également éclectique.

Entre deux spectacles, allez découvrir un cocktail-maison (avec ou sans alcool) proposé par Michel Martin, président-fondateur d’ASSF (Association Actions Solidarités Sans frontières), dont les bénévoles tiennent une buvette solidaire dans 3 lieux (Etincelle, Roseau,…), toutes recettes étant affectées aux actions auprès des enfants en Afrique et Asie. Leur devise : « Une journée sans donner est une journée perdue ». (G.ad.)

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Logo CLENPR 21-06-17

Nos critiques (par ordre alphabétique de titre)

AVANT QUE J’OUBLIE. Maison IV de Chiffre. 14h30, durée 1h5. Du 6 au 29 juillet, relâche les 9, 16, 23. Programme p. 282. Vu en 2017

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J’en garde un souvenir frémissant. Dans l’intimité d’un dialogue qui se perd peu à peu, la comédienne, qui joue excellemment les deux rôles, exprime avec une violente pudeur et une révolte à fleur de cœur cette douce et cruelle évanescence de la conscience et de l’affection. Une bouffée de tendre tristesse dans cette belle adaptation d’un récit autobiographique.

Voici ce que j’écrivais alors :

Cest un texte poignant de Vanessa van Durme, en sortie de résidence la compagnie Un et Deux, sur la maladie d’Alzheimer. Ou plutôt sur une mère et sa fille confrontées à cette réalité terrible : la fille s’est trouvée et la mère se perd peu à peu…

Avant que j’oublie est un seule-en-scène, un huis-clos dans une maison de retraite, un face-à-face intime et intense, à voir aujourd’hui au théâtre des Vents. Émotion et humour dans ce rendez-vous dominical où il faut se retrouver, se rencontrer, se parler, s’aimer, se pardonner, avant qu’il ne soit trop tard. Jusqu’où l’amour filial peut-il, doit-il aller ? L’unicité de la comédienne Marie-Hélène Goudet qui incarne avec une absolue sincérité les deux personnages, mise en scène par Violette Campo, constitue un moment très fort. (G.ad. Photos G.ad.)

 

DU NORD AU SUD, RECIT D’UNE EXPERIENCE. Théâtre Artéphile, 10h50, durée 55 min., jusqu’au 27 juillet, relâche les 8, 15, 22. Programme p. 70. Réservations au 04 90 03 01 90.

 

C’est le hasard de l’horaire, et de l’avant-première, qui m’a entraînée vers cette pièce que je n’aurais peut-être pas choisie. Et puis je me suis laissé prendre avec intérêt.

La politique de la ville ? Un thème ni très glamour ni théâtral, comme les premières minutes du spectacle, en introduction lente, lecture livre à la main. Puis les verrous sautent, le rythme change, et voilà tout un monde qui jaillit. Un monde, ou plutôt deux. La pièce qui se construit peu à peu, en seule-en-scène et vidéos, apporte, quasi bruts, les témoignages recueillis à Marseille auprès d’adolescents mi-volontaires mi-rétifs. Des lycéens des quartiers Nord « sensibles » et des quartiers Sud plus consensuels, d’abord campés sur leurs a priori, se rencontrent et se découvrent. Sans angélisme mais comme un message d’espoir, patiemment élaboré.

Wilma Lévy incarne tout à la fois l’animatrice, les professeurs engagés dans l’expérience, les élèves, plus ou moins coopératifs… Croqués sur le vif, avec une verve pittoresque. Dans la diversité des paroles, des langages – surtitrés – et des comportements, dans la saveur du vécu sans filtre, c’est toute la relation à l’autre, les communautarismes et les exclusions, qui prennent corps et présence. (G.ad.)

 

HIPPOLYTE OU LA PASSION DE PHEDRE. Théâtre Albatros, 20h45, durée 1h25, du 6 au 29 juillet. Programme p. 48. Réservations au 04 90 86 11 33.

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Ce spectacle joué en grec ancien, en v.o. surtitrée, séduira tous les amoureux de la Grèce antique, sans être réservé aux seuls spécialistes ; le travail particulier sur le corps, exprimant toutes les passions et toute la tragédie, touchera un public bien plus large.

La puissance de ce spectacle réside bien dans la mise en scène des corps. C’est d’ailleurs un choix clairement affiché que le metteur en scène Tilemachos Moudatsakis, qui dirige la compagnie grecque Vivi, explique au public juste avant le début de la représentation. Ce corps souffrant de Phèdre, habité par la passion qui la ronge pour Hippolyte et contre laquelle elle voudrait lutter, est au centre de la pièce, dans une grande sensualité parfois, dans une aussi grande violence parfois. Les corps-à-corps entre Hippolyte et son père Thésée, qui le croit coupable d’avoir déshonoré Phèdre sa femme, sont à la fois très rudes et très esthétiques. La nourrice, jouée par un homme, peut à la fois être douce et consolatrice, tendre dans ses gestes de réconfort pour Phèdre, mais également puissante voire brutale quand elle la contraint à l’aveu. La danse moderne permet de faire jaillir de ces corps toute la puissance de la tragédie, toute la force de cette fatalité contre laquelle ni l’esprit, ni le corps ne peuvent lutter.

La langue grecque avec toutes ses modulations nous fait ressentir toute la force tragique grâce à la puissance de ses accents. Nul besoin d’en comprendre tous les mots pour vraiment vibrer et ressentir toutes les émotions que la pièce veut nous transmettre. La force physique des corps associée à cette langue suffit à transmettre et communiquer toute la puissance des sentiments.

Un grand moment de théâtre qui nous transporte dans les sentiments si opposés de la tragédie : de l’amour-passion à la haine viscérale. Ces corps en souffrance mais d’une beauté et d’une sensualité poignantes nous font nous plonger au cœur de celle-ci. On ne peut que ressortir bluffé par cette expérience rare et forte. (S.T. Photos G.ad. & cie Vivi).

 

LE CHIEN. Espace Roseau-Teinturiers, 20h10, durée 1h20, du 6 au 29 juillet. Programme p. 201. Réservations au 04 90 03 28 75.

C’est pour vivre de tels instants que je vais au théâtre : éprouver des sentiments d’une telle force, être emmenée, captivée, tenue en haleine jusqu’à la révélation, être bouleversée au point d’en pleurer, mais en ressortir grandie, par la réflexion sur ce qu’est la vie, sa fragilité et ce qu’est être un homme.

Cette adaptation de la nouvelle d’Eric-Emmanuel Schmitt est vraiment bouleversante et nous emmène avec elle à la recherche du secret que cache Samuel Heymann. Dans ce village de Belgique dont il a été le médecin, quel est ce lien si particulier qui l’unit depuis 40 ans à son chien, un beauceron nommé Argos. Le seul à avoir des contacts avec lui semble être cet écrivain venu habiter le village, c’est donc vers lui que se tourne la fille de Samuel avec ses questions sur le suicide de son père après la mort accidentelle de son chien.

C’est bien auprès de lui qu’elle obtiendra les réponses, inattendues, inédites, secrètes jusque-là.

Dans un décor très simple (des cubes), le rythme lent mais expressif de la parole nous concentre sur l’essentiel : l’intensité du texte.

Le secret de Samuel ? Un chien, au camp d’Auschwitz, dans les pires moments d’horreur et de déshumanisation, lui aura permis de retrouver toute son humanité. Et ce chien, Argos, c’est le chien d’Ulysse, le seul qui, 20 ans plus tard, reconnaît son maître dans le mendiant qui arrive.

Un vrai et grand beau texte, servi par des acteurs pleins de pudeur et d’émotion partagée. Une interrogation sur nos valeurs, les relations entre les êtres, et l’humanité au sens large. Un grand bravo. (S.T.).

 

Le Dernier jour d’un condamné. Condition des Soies. 14h45, durée 1h5. Du 6 au 29 juillet, relâche le 16. Programme page 178.

Je vous parle d’un temps que la loi Badinter du 9 octobre 1981 aurait dû effacer. Et pourtant le texte célébrissime de Victor Hugo conserve sa cruelle actualité. Aujourd’hui encore, il y a dans le monde tant d’enfermements, tant d’injustices criantes, tant de déplacements forcés, de souffrances insurmontables…, que chacun se sent concerné, au plus profond de soi, par la douleur à l’état pur. Celle de ce condamné anonyme dont Hugo évoque le prétendu « dernier jour ».

Dans le minimalisme d’un espace délimité par une porte et des barreaux, dans une lumière crue, enserré dans les murs que l’on imagine, William Mesguich est habité, soulevé par l’intense sensibilité qu’on lui connaît. On se demande toujours comment il peut sortir indemne d’une telle charge émotionnelle, à fleur de peau, à fleur de mot. Qu’il soit écorché vif, halluciné, comme dans Le Journal d’un fou de Flaubert, ou léger dans le costume de Mozart, ou atrocement désespéré comme dans ce prisonnier dont on ne sait rien, à chaque fois avec la même insatiable énergie il joue au théâtre comme s’il jouait sa vie. Tout entier dans l’intensité et l’unicité de l’instant suspendu.

Magistral interprète, William Mesguich met également en scène :

  • au théâtre de l’Alizé Les Misérables, spectacle musical à partir de 6 ans, de la cie Coïncidences vocales (10h25, durée 1h5, du 6 au 28 juillet, relâche les 9, 16, 23), programme page 51, soutien Spedidam & Adami (voir infra);
  • au théâtre Au coin de la Lune, Fluides qu’il a coécrit avec Esteban Perroy, 20h40, durée 1h20, du 6 au 29, pas de relâche, programme page 90 ;
  • et au théâtre du Rempart Cyclone, de Michèle Césaire, 18h55, durée 1h15, du 6 au 28, relâche les 11 et 17, programme page 363. (G.ad.)

 

 

LE MARIAGE DU DIABLE OU L’IVROGNE CORRIGE. Chapelle du Verbe incarné, ????, durée 1h, du 7 au 11 juillet.

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On n’est jamais mieux servi que par soi-même. En fondant Carib’Opéra, des chanteurs lyriques originaires des Antilles et de l’hexagone se sont regroupés pour donner une meilleure visibilité aux artistes ultramarins. Le Mariage du Diable ou L’ivrogne corrigé, donné dans le Off, à la Chapelle du Verbe Incarné jusqu’au 11 juillet, est en tout point une réussite absolue. Tirée d’un opéra de Gluck, lui-même inspiré d’une pièce de vaudeville jouée dans les foires, l’intrigue se prête aux effets de scène : Mathurin, ivrogne incorrigible, a décidé de donner la main de sa nièce à son camarade de beuverie. Mais le carnaval a commencé, prétexte à toutes les mystifications : déguisés en diable rouge et esprits malfaisants, sa femme, sa nièce et Cléon, l’amant de cette dernière, vont lui infliger une leçon qui le dégrisera à tout jamais. C’est là que la mise en scène de Julie Timmerman vient faire choc avec l’œuvre baroque. Car le Carnaval, aux Antilles, on connaît… Les trouvailles sont légions, à commencer par le cajon, qui a intégré l’orchestre baroque et insuffle une énergie incroyable. Et une extraordinaire scène de vaudou, où apparaît Cléon (Alban Legos), saisissant en diable rouge. C’est que les interprètes sont également très bons comédiens : Joël O’Cangha (Mathurin) et Henry Bastien d’Elie (Lucas) sont à mourir de rire. Marie-Claude Bottius aura tiré des larmes au public : superbe air lyrique en créole sur la condition de femme battue ! Quant à Mylène Bourbeau (la nièce), elle n’est pas en reste. Que dire ? Sinon qu’on rêverait de les voir sur des scènes plus grandes. (S.G-T. Photos Jérémie Laurent)

 

LES CAPRICES DE MARIANNE, Théâtre des Lucioles, 12h05, durée 1h30, du 6 au 29 juillet, relâche les 10, 17, 24. Réservations au 04 90 14 05 51.

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Les Caprices de Marianne : comédie, comme le voulait Musset, ou bien drame romantique où la puissance de l’amour fait des ravages, à côté d’autres moments plus drôles ? C’est bien à un drame romantique – splendeur, démesure, force et ambiguïté des sentiments -, que l’on assiste dans cette très belle mise en scène de Pascal Faber et la compagnie 13. Drames de l’amour et ses ravages : amour contraint de Marianne pour le vieux juge Claudio auquel elle a été mariée à peine sortie du couvent et qui aspire à la liberté, amour jaloux de ce même Claudio – jusqu’au meurtre – qui soupçonne sa femme d’avoir des amants, amour-passion sans espoir de Coelio, qui mourra tué par l’époux de Marianne, amour libertin d’Octave, « cet être épris d’idéal et que l’amour a déçu » (Pascal Faber, note d’intention), qui passe de femme en femme sans s’attacher à aucune et qui finit pas refuser l’amour sincère de Marianne quand celle-ci le lui offre par respect pour son ami Coelio, mort d’avoir trop aimé cette dernière.

Le décor est à la fois simple et signifiant : trois rideaux tendus qui dessinent, grâce aux accessoires, les trois espaces du drame. Le premier est la maison de Marianne et de Claudio. Le deuxième, le lieu de passage et de rencontre. Le troisième espace est à la fois le cimetière et l’au-delà…

Les acteurs portent tous avec ferveur les personnages qu’ils incarnent et nous transportent ainsi avec eux. Vanessa Cailhol, parfaite en Marianne, passe de la jeune fille dévote, prude et réservée, à la femme révoltée, violente, tellement offusquée par les soupçons de son mari qu’elle décide justement de le tromper. Pierre Azéma, lui, est aussi convaincant en Octave débauché et ivre, incapable de se gouverner lui-même, qu’en fin stratège séducteur.

La première apparition de Pierre Azéma dans son costume de carnaval (car c’est bien en cette période de carnaval à Naples que Musset a situé sa pièce et que Pascal Faber fait le choix de reprendre), barbe grisonnante et robe extravagante, fait sensation et redonne tout son sens à la « comédie » de Musset, entre bon vivant et homme meurtri. Séverine Cojannot incarne à la fois Rosalinde, l’une des conquêtes d’Octave, et Ciuta, la servante qui dénonce les entrevues d’Octave et Marianne. Frédéric Jeannot est un Coelio passionné, le vrai héros romantique, tout en proie à ses sentiments, incapable de réflexion, prêt à toute extrémité. Brock en Claudio est un parfait juge intransigeant et rigide, et tellement obnubilé par le fait d’être trompé qu’il provoque ce qu’il craignait le plus. Pascal Faber enfin, metteur en scène et acteur, s’est attribué le rôle de Tibia, ce valet, serviteur fidèle qui organise avec une implacable obéissance les volontés de son maître et crée par son organisation le drame et la mort.

Une très belle mise en scène, avec un recentrage sur les personnages principaux. Une grande force et une grande puissance dans le jeu des acteurs qui nous transportent sur les chemins complexes de l’amour, tout imprégné de ce XIXème siècle complexe et riche. Du grand et beau théâtre ! (S.T. Photos cie)

 

PLOUM. Collège de la Salle, 16h30 & 17h30, durée 30mn, du 6 au 29 juillet, relâche les 9, 16, 23 juillet. Enfants (6 mois-5 ans). Programme p. 168, réservations au 04 90 83 28 17.

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Même adulte, on entre intimidé dans l’igloo de six mètres de diamètre construit face à nous. De part et d’autre de l’entrée, pour nous accueillir, un homme et une femme, tout de blanc vêtus. Ploùm est de ces spectacles pour enfants (de 6 mois à 5 ans) qui font aussi plaisir aux plus grands. La trame, pourtant, est bien simple : de l’immense œuf au centre de l’igloo sort un bébé pingouin. Il cherche sa maman, et voilà le prétexte à un tour de chants évoquant les différents animaux rencontrés. Danièle Temstet (interprétation et mise en scène) et Georges Nounou (texte, musique et interprétation) reprennent là leur succès du festival 2016. Tout est fait pour émerveiller : l’œuf au centre qui prend des allures de lanterne magique, les animaux suspendus et qu’on manipule à vue, les bancs lumineux où s’assied le public, et bien sûr, les chansons. Composées et écrites sur mesure pour le spectacle, elles sont pleines d’humour et plaisent aux petits. Ils découvrent ainsi avec ravissement le phoque, le morse ou l’ours polaire… Mais où est donc la maman ? Quelque part, sur la banquise. Une très belle mise en scène, pleine de poésie, et un très bon « premier spectacle » pour les plus petits. (S. G-T. Photo cie)

 

Présences pures. Présence Pasteur, 13h55, durée 50 minutes

C’est le hasard d’une recommandation fiable qui m’a entraînée vers une pièce à la thématique analogue à Avant que ne disparaisse…, vue en 2017.

 

 

 

 

 

 

Quelques conseils d’Avignonnais, festivaliers de longue date, qui connaissent les lieux, les compagnies, et qui étudient le programme avec minutie…

  • On peut voir avec bonheur le Cinquième Evangile à l’Oratoire, La Machine de Turing au théâtre Actuel, au même endroit que Le CV de Dieu. Un moment de bonne détente avec Barber shop à l’Essaion ; et si un jour vous avez l’occasion de revoir Romances Inciertos n’hésitez pas. (M.M.)
  • La machine de Turing, « une magnifique exception » ; Signé Dumas (Actuel), Germinal (Fabrik’théâtre), Sacco et Vanzetti (Notre-Dame), Mademoiselle Molière (Buffon), Vivaldi-Piazzolla/Saisons : d’un rivage à l’autre (Girasole), Suite française (Balcon), les Amoureux de Shakespeare (Condition des Soies). (A.C.)