Coffret 3 CD. Roselyne Bachelot, Salut à la France !

Coffret 3 CD. Roselyne Bachelot, Salut à la France !

Warner classics, 2016. ISBN : 5 054197 037 054.

x.CD Bachelot r°. 80 ko     x.CD.Bachelot v°. 67 ko

On peut trouver l’injonction un peu cocardière (mais c’est un extrait de La Fille du régiment de Donizetti). On peut préférer, au florilège, la linéarité d’une œuvre intégrale, avec ses temporalités changeantes comme la vie, étirées ou brutalement resserrées en intensité. On peut préférer une unité de ton…

Mais on peut aussi ne pas bouder son plaisir devant tant de trésors. Se promener « à sauts et à gambades » comme aurait dit Montaigne, dans ce jardin parfumé de pages du répertoire.

Depuis quelques année on redécouvre avec bonheur le répertoire français ou francophone. On se réjouit d’entendre ici des pages célébrissimes, de Berlioz, Bizet, Chabrier, Debussy, Delibes, Donizetti, Gounod, Hahn, Halévy, Lalo, Massenet, Messager, Meyerbeer, Offenbach, Poulenc, Ravel, Saint-Saëns, Varney. Ou quelques pépites à (re)découvrir, de Auber, Chausson, Thomas. Et même des pages françaises de Rossini (Guillaume Tell) ou Verdi (Don Carlos).

Quant aux voix, Roselyne Bachelot n’a choisi que les plus grandes, naviguant avec délicatesse entre grands aînés (Maria Callas ou Placido Domingo), astres lumineux (José Carreras, Rolando Villazon, José Van Dam, Joyce di Donato…) et jeunes étoiles de la scène lyrique. On aime retrouver les inflexions somptueuses de Karine Deshayes, profondes de Laurent Naouri, angéliques de Philippe Jaroussky, chaudes de Véronique Gens, cristallines encore de Natalie Dessay, pour ne citer que les artistes qui illuminent par ailleurs les pages de Classiqueenprovence (interviews ou comptes rendus)… Néanmoins je ne suis pas aussi convaincue que Roselyne Bachelot de l’incontestable supériorité des artistes français dans le chant français ; on peut avoir pour une langue étrangère un amour presque charnel, gustatif, alors qu’un locuteur natif n’aura pas cette relation drue, roborative, qui évite toute facilité. Ce n’est évidement pas le cas des artistes de ce coffret.

Ce coffret présente trois volets successifs : On se donne de grands airs (I), On s’aime ! (duos d’amour ou d’amitié, II), On fait la fête ! (III).

Le livret, relativement bref, est une note d’intention pertinente, à la fois récit d’une rencontre tardive avec l’opéra, et vibrant plaidoyer pour l’opéra français. Dommage néanmoins, les photos de Roselyne avec Jonas Kaufmann, Roselyne avec Philippe Jaroussky, Roselyne avec Angela Merkel. Personnellement je ne comprends guère les selfies avec les artistes…

En bonus, une double page sur les « chouchous » de Roselyne Bachelot : 9 pages sur les 51 du coffret. On se régale de cette familiarité, de cette simplicité. A l’exception d’un « chouchou » que je ne partage pas : l’indulgence, l’enthousiasme même pour la Mireille de Gounod que Nicolas Joël avait programmée pour son arrivée à la tête de l’Opéra de Paris, en septembre 2009. Un ratage historique, avec une Inva Mula – pour laquelle j’ai habituellement beaucoup d’admiration – peu crédible en préadolescente, et une mise en scène de carte postale au folklore presque offensant. Un ratage qui a, par ricochet, plombé la Mireille des Chorégies, qui, elle, était pourtant le fruit d’un véritable amoureux de l’œuvre et de la région.

Plus de 3h d’écoute pour ce triple CD. Mais comme un vin capiteux, à déguster à petites gorgées.

Il est à l’image de sa prescriptrice : tonique, enlevé, taquin, gouailleur parfois.

G.ad.

Musique classique et musiques du monde en région PACA